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(fr) Courant Alternative #356 (OCL) - FNSEA - Etat français: La co-gestion, c'est l'abattage!
Date
Sat, 10 Jan 2026 19:09:21 +0000
L'agriculture dans le capitalisme ---- Remembrement, agriculture
intensive, productivisme, chimie à outrance, agriculture 4.0 enrobée
d'IA dégueu, agro business... Si ces quelques mots non exhaustifs ne
vous donnent pas encore la nausée, ajoutez-y une pincée de massacres de
troupeaux de bovins dans le fracas des violences policières et vous
aurez la saveur de l'orientation politique agricole dévastatrice qui
sévit depuis plus de 50 ans. Qui tient la matraque gaiement main dans la
main? Rousseau - Genevard aux manettes de la co-gestion. FNSEA - Etat
français, un Méga-duo qui cogne épouvantablement fort, jusqu'à la mort
de nos troupeaux domestiques. Jusqu'à jeter des éleveurs - éleveuses
dans une improbable violente détresse de subir le choc de l'abattage de
tous leurs animaux qui donnaient du sens à leur vie.
Mais les paysan-ne-s sont d'âpres combattant-e-s, dans leur quotidien
tout comme dans leurs capacités à résister et lutter.
Les conséquences du capitalisme dans le champ sanitaire de l'élevage
A la ville comme à la campagne, le réchauffement climatique est une
réalité. A cela s'ajoute des échanges internationaux exponentiels.
L'ensemble de ces éléments réunis, tout droit venu des conséquences du
capitalisme ravageur, favorise l'apparition de virus. Les épizooties
s'installent durablement et leurs vecteurs (mouches et autres insectes)
se plaisent à se developper et survivre dans ce contexte climatique.
La DNC (dermatose nodulaire contagieuse), une maladie virale impactant
les bovins
Ces dernières années, les éleveurs et leurs animaux domestiques n'ont eu
d'autres choix que de cohabiter avec différentes maladies vectorielles:
La FCO (fièvre catarrhale ovine) qui touche les bovins et les ovins. La
MHE (maladie hémorragique épizootique) dont seuls les bovins y sont
sensibles. L'influenza aviaire, plus connue sous la dénomination de
grippe aviaire, sévit toujours. Ici encore, l'abattage des lots de
volaille est systématique dès l'apparition d'un cas clinique.
Et enfin la DNC, une maladie virale vectorielle affectant les bovins.
Jamais survenue en France avant juin 2025, elle fit une irruption en
Europe il y a une dizaine d'années (dans les Balkans notamment) et en
Asie en 2019. Ce n'est pas une maladie transmissible à l'Homme. Des
petites mouches et autres insectes transmettent la maladie en piquant
des animaux. Il existe un vaccin ayant fait ses preuves pour protéger
les animaux mais aucun traitement actuellement ne peut combattre
efficacement la maladie.
Pour combattre la DNC, deux stratégies s'affrontent
Les tenants de l'agriculture industrielle et le ministère de
l'agriculture optent pour une stratégie mortifère pour combattre la DNC:
l'abattage total des troupeaux touchés par la DNC dans le but
d'éradiquer la maladie afin que la France préserve son statut «indemne
de maladie».
En effet si la maladie s'installait dans tous les territoires du pays ou
bien si la vaccination contre la DNC était généralisée, les règles du
commerce internationale interdiraient théoriquement la France d'exporter
des bovins. Il faut savoir que la filière «vaches allaitantes» (axée sur
la production de viande) est un gros fournisseur de broutards (veaux
sevrés vers l'âge de 9 mois) destinés à remplir les cases d'atelier
d'engraissement en Espagne, en Italie et, dans une moindre mesure, dans
les pays du Maghreb.
C'est vrai... mais c'est un argument strictement commercial, pas
sanitaire! Le ministère de l'agriculture manipule «l'opinion publique»
feignant la mise en place de la «vaccination généralisée». C'est
inexact, il autorise la vaccination dans un rayon très circonscrit
autour des troupeaux qu'il ordonne d'abattre mais l'interdit partout
ailleurs. C'est un des enjeux majeur de la lutte en cours.
Annie Genevard et Arnaud Rousseau désinforment encore la population en
laissant penser qu'ils s'en remettent à la science pour défendre leurs
choix de gestion sanitaire désastreuse, faisant passer ceux qui s'y
opposent pour des «anti-sciences illuminés». S'il y a en effet un
consensus scientifique sur l'efficacité de l'abattage total pour tenter
d'éradiquer la maladie le plus vite possible, ils taisent les points
suivants: Il n'y a pas consensus sur la nécessité de l'abattage total.
Une étude de l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) de
2016 indique que l'euthanasie des animaux malades de la DNC est tout
aussi efficace pour tenter d'éradiquer la maladie.
Aussi, en novembre 2025, la fédération des vétérinaires européens
déclaraient unanimement qu'il y avait «une nécessité urgente de
remplacer l'abattage massif par la vaccination et la surveillance pour
une détection précoce, qui constituent les pierres angulaires de la
prévention et du contrôle des épidémies». Citons également Stéphane
Bertagnoli, spécialiste de la DNC, professeur de virologie à l'Ecole
nationale de vétérinaire de Toulouse: «Si la vaccination contre la DNC
est bien faite, on ne devrait plus voir de nouveaux cas».
Une large majorité d'éleveurs refusent catégoriquement l'abattage total
et exigent le droit de vacciner leurs animaux sur tous les territoires:
A ceux qui ne respirent qu'à travers le prisme du fric et du libre
échange, les éleveurs répondent: il existe un vaccin efficace. Donnez
nous la liberté de vacciner nos animaux et négocions avec les pays
importateurs pour que continue le commerce. Par ailleurs, c'est déjà ce
qui se passe. Les éleveurs de troupeaux vaccinés dans l'Ain, notamment,
retrouveront leur droit d'exporter des broutards ou des veaux mâles
laitiers en Italie, dès janvier 2026, suite à des négociations ayant
favorablement abouties.
D'autre part, ce qui est questionné au plus profond des éleveurs c'est
la solidarité et la mutualisation des risques ou bien la roulette russe
sur celles et ceux qui seront sacrifiés car la maladie tombera chez eux.
Ce qu'il faut comprendre c'est que si nous acceptons que la maladie
s'installe tout en la combattant par la vaccination ainsi que par
l'immunité, nous aurons le risque partagé d'avoir éventuellement, dans
nos troupeaux, quelques vaches atteintes par la maladie mais pas de
troupeaux décimé ni d'éleveur totalement désemparé. L'Etat et la FNSEA
déroulent grossièrement une stratégie visant à tenter d'éradiquer la
DNC. Les questions qui se posent c'est notamment: Eradiquer le vivant
avec des dommages collatéraux d'une violence inouïe? Ou bien faire avec
le vivant, avec un virus qui est de toutes les façon en train de
s'installer et le combattre au mieux avec en ligne de mire: une gestion
sanitaire, humaine, intelligente et respectueuse des animaux et des
éleveurs-éleveuses? Combiner la vaccination et l'immunité. Miser sur la
relocalisation de l'agriculture avec des races moins productives mais
plus résistantes ou bien viser toujours plus de rendement avec des
animaux fragiles et ultra sensibles à l'arrivée des microbes et des
virus? Construire des fermes usines avec des densités de bâtiments
d'élevages toujours plus élevées dans des régions spécialisées dans les
mêmes «productions animales» et faire courir le risque de propagation de
virus de ferme en ferme avec des animaux tombant comme des mouches car
sans défense humanitaires? Ou bien tout désintensifier, mener une
agriculture paysanne dans des fermes à taille humaine extensives (moins
d'animaux à l'hectare) et en phase avec le vivant; ayant des animaux
rustiques, valorisant l'herbe comme unique aliment pour les ruminants
(vaches, moutons, chèvres).
La résistance bat son plein particulièrement dans le sud ouest
Comprenons bien, qu'à notre connaissance, les foyers de blocage et les
actions sont entièrement encadrés syndicalement ou
organisationnellement. Y compris en Haute-Garonne où les «ultras de
l'A64» sont à l'offensive. A leur tête Jérôme Bayle, leader
charismatique adoubé des médias bourgeois qui dirige cette organisation
victorieuse aux dernières élections de la chambre d'agriculture de
Haute-Garonne. Ils ont bloqué durablement une portion de 180 km de l'A64
avec un point de convergence à Carbone, devenu l'épicentre de la
résistance. Ceux-là même qui avaient réussi l'exploit d'éjecter la FNSEA
de la présidence de la chambre d'agriculture de Haute-Garonne refusent
bien sur l'abattage total et élargissent leurs revendications au refus
du Mercosur et à l'amélioration du revenu agricole. Rappelons-nous que
les «ultra de l'A64» se sont structurés pendant les actions des
agriculteurs en janvier 2024 suite à une dissidence interne ayant
grandement secouée la FDSEA 31 et débouchée sur une occupation très
remarquée de cette fameuse portion de l'A64. Ainsi les cadres des
«ultras de l'A64» sont, aujourd'hui, pris entre deux eaux: Tenir leur
ligne politique considérant les élus, les représentants de partis
politique et le préfet, comme des partenaires, se montrer respectables
et modérés; et puis, d'un autre côté, ne pas désavouer une base
militante activiste et très remontée.Par ailleurs, à d'autres endroits
dans le Sud-ouest, des barrages ont notamment eu lieu sur l'A75 en
Aveyron, sur la RN20 dans l'Ariège, sur l'A63 à Cestas, sur l'A89 et
l'A20 en Corrèze, sporadiquement ou durant plusieurs jours.
La CR (Coordination rurale) pleinement dans l'action
Ce syndicat proche de l'extrême droite avait fait une percée historique
lors des dernières élections professionnelles en remportant onze
chambres d'agriculture. Sa base tapageuse gronde également contre
l'abattage total. Leur direction nationale n'apportent qu'uniquement des
revendications court-termistes: contre l'abattage, pour un nouveau
protocole sanitaire. Mais elle ne remet pas en cause notre modèle
agricole exportateur et productiviste.
La Confédération Paysanne au coeur de la lutte contre l'abattage total
La direction nationale de la Confédération paysanne n'a pas tergiversé.
Très vite, elle a acté une orientation de combat contre l'abattage total
et pour le droit de vacciner sur tous les territoires en France.
Argumentaire en béton à l'appui, les militants de la Conf sont très
impliqués dans les régions touchées par la DNC. La Conf exige également
un changement radical de politique sanitaire de l'Etat, une
relocalisation de l'agriculture, l'abandon du Mercosur. Elle assume
faire «front commun» avec la CR sur la lutte contre la stratégie
sanitaire portée par l'Etat en indiquant dans ses communiqués que leur
«capacité de convergence avec la CR s'arrête aux portes de leur
idéologie productiviste, anti-écolo, identitaire».
L'attitude du syndicat dans les départements épargnés par la DNC est
aléatoire. Certaines directions départementales s'emparent de
l'argumentaire de leur secrétariat national et impulsent la mobilisation
alors que d'autres ruminent des points de divergences, freinant la
possibilité d'actions concrètes de résistance. Cette dernière situation
n'empêche nullement les militants de la Conf d'organiser des petits
convois partant plusieurs jours soutenir les points de blocages comme
cela s'est produit dans le Finistère du 17 au 20 décembre en direction
du sud-ouest. En Bretagne, la Conf 29, pourtant sous la houlette d'une
direction très modérée et attentiste, à appeler à manifester avec la CR
à Quimper le 13 décembre pour dire «stop au massacre injustifié» . Dans
l'Ile et vilaine, la Conf est pleinement à l'offensive. Elle s'est
mobilisée à Bruz le 19 décembre devant le groupe agro-industriel Avril
(appartenant à Arnaud Rousseau, président de la FNSEA) en solidarité
avec les paysan.ne.s sur les barrages et pour exiger la fin de
l'abattage total.
A propos de la stratégie de la Confédération paysanne
Très réactif, le secrétariat national de la Conf s'est employé à réagir
avec vigueur pour contrer la stratégie sanitaire du ministère de
l'agriculture. L'élaboration d'une riposte à la hauteur des enjeux est à
mettre au crédit de la Confédération paysanne. Ceci étant souligné, il
demeure quelques écueils majeurs touchant en premier lieu à
l'orientation général du syndicat. Celui-ci a entamé une dérive
corporatiste depuis quelques années. L'objectif étant de diriger son
aura essentiellement en direction des paysans. La coupure avec le
mouvement social est net. L'expression qu'elle portait à l'adresse de la
société toute entière est devenue atone. Surfer sur un capital voix,
faire des adhésions, préparer les campagnes électorales et mettre en
oeuvre une propagande permettant de faire le meilleur score possible aux
élections professionnelles...Voilà quelques objectifs qui semblent
déterminants dans la ligne générale décidée tous les deux ans à chaque
congrès. Mais ces écueils ne sont-ils pas inhérents à tous les syndicats
du mouvement social...?
Malgré tout, la Conf demeure un moyen pour les paysannes et les paysans
de se retrouver, échanger et lutter. A elles et eux de s'émanciper pour
porter une voix paysanne autonome dans les campagnes, les villes, les
quartiers et s'ancrer dans les luttes sociales. Pour ceux qui préfèrent
rester dans un syndicat, qu'ils le transforment en véritable outil de
luttes paysannes et sociales...
FNSEA - JA: En porte-à-faux avec leur base
La FNSEA (fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) et
les JA (jeunes agriculteurs, syndicat indépendant mais considéré comme
la branche «jeune» de la FNSEA) sont majoritaires en terme de force
syndicale dans le monde agricole. Si leurs dirigeants sont
définitivement vaccinés contre le virus de la solidarité, ce n'est pas
forcément le cas de leur base d'adhérents. Sur les lieux de blocage
contre l'abattage total, il est courant de croiser des casquettes JA et
des logo FNSEA sur les vestes des manifestants. De même, dans les
régions qui ne sont pas touchées par la DNC comme en Bretagne, il est
assez difficile de trouver un éleveur ou une éleveuse FNSEA JA qui
défendra la ligne officielle de son syndicat. Le bon sens paysan n'est
pas une fable. La solidarité sommeille et peux jaillir de là où on ne
l'attend pas. Dans ce genre de moment particulier, elle peut vite se
propager et devenir collective et active.
Quel avenir pour ce mouvement de résistance?
Tout d'abord, sourions un peu avec l'énorme gag les dirigeants nationaux
de la FNSEA, qui, le 19 décembre après leur rencontre avec le premier
ministre Le Cornu, se disaient «prêts à une trêve de Noël» d'une lutte à
laquelle ils n'ont pas pris part et dont ils étaient une cible...
Espérons qu'ils soient tout autant prêts à perdre en crédibilité.
Ce même jour, les syndicats reçus à Matignon ont montré des premiers
signes de faiblesse. Bertrand Venteau, président de la CR, indiquait au
journal «La France agricole» appeler «à la bienveillance envers tous les
concitoyens» en ponctuant ses propos par un somptueux appel à ces
troupes: «Il faut que les manifestants aillent se reposer». Formidable
écho aux propos d'Annie Genevard, appelant, à la sortie de cette même
réunion, à l'apaisement: «Il faut vraiment que Noël se fasse».
Moins focalisés par la célébration de la naissance de Jésus, Stéphane
Galais et Nina Lejeune, porte-paroles nationaux de la Confédération
paysanne ne renvoient pas moins les signaux d'une légère inflexion quant
à leurs revendications. En effet, ils mettaient l'accent sur la
«priorisation de la vaccination des bovins de races locales à faible
effectif» et sur le souhait «d'étendre la vaccination à tous les bovins
d'Aquitaine, du Poitou, de Charentes et de toute la PACA». Mais toujours
vent debout contre l'abattage total, que les deux dirigeants de la Conf
indiquent avec la même détermination vouloir bloquer collectivement avec
les paysans.
C'est le capitalisme qu'il faut abattre
C'est le capitalisme effréné qui crée le réchauffement climatique et
favorise l'apparition de maladies telle que la DNC. C'est au nom du
libre échange économique que sont prises des décisions sanitaires
morbides et violentes... pour que le capital coule à flot. C'est au nom
du capitalisme que le Mercosur menace de mettre des paysans en
difficulté économique. Ce modèle exportateur agricole délirant, c'est là
aussi un rouage important du capitalisme.
Espérons que les paysans s'adressent davantage aux gens des quartiers,
aux salariés, aux précaires pour faire le parallèle entre la même
violence capitaliste subie de part et d'autre. La nécessité de conjuguer
nos forces pour détruire le capitalisme est vital.
Nous sommes tous des prolétaires... Nous ne sommes rien, soyons tout!
Thomas - éleveur - Finistère
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4607
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