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(fr) Monde Libertaire - DES IDEES ET DES LUTTES: Histoire des révoltes populaires en France
Date
Fri, 8 May 2026 22:16:11 +0100
En couverture de l'ouvrage, une manifestation, une des innombrables du
monde ouvrier, plus particulièrement les mineurs du Pas-de-Calais,
reconnaissables à leurs casques. Ils portent des drapeaux rouges
effilochés, femmes, enfants, hommes, ils crient leur colère et leurs
revendications. Insensiblement me reviennent les paroles du chant Le
Drapeau rouge écrit par Paul Brousse en 1877:
«Les révoltés du Moyen-Âge
L'ont arboré sur maints beffrois.
[...]
Le voilà! Le voilà! Regardez!
Il flotte et fièrement il bouge,
Ses longs plis au combat préparés,
Osez, osez le défier!
Notre superbe drapeau rouge!
Rouge du sang de l'ouvrier!»
Gérard Vindt, dans son livre Histoire des révoltes populaires en France,
inscrit les Gilets jaunes dans la longue suite des révoltes en France.
«Inédit, le mouvement des Gilets jaunes, mais pas sans rappel explicite
du passé révolutionnaire du pays.»
De quoi parle-t-on?
Le choix des mots est fondamental. Parle-t-on de révolte, de rébellion,
de fureur pour reprendre le mot de Christine de Pizan, d'émeute ou tout
simplement de mouvements sociaux. Chaque terme correspond à un temps de
l'Histoire. Un point commun, ce sont des protestations des gens du
commun, même si les militants sont souvent issus de la classe moyenne
cultivée. Du XIIe au XXIe siècle, ils s'opposent au pouvoir, à la
coercition, à l'Etat et au capitalisme en construction, comme le montre
le premier chapitre. Et contre ou pour quoi? Il est des continuités,
telle la protection, la sécurité insuffisamment assurées, mais aussi le
refus d'une injustice nouvelle, le mépris des dominants à l'égard des
«gueux». Un chapitre complet est consacré aux actions menées, l'exercice
de la violence, la circulation de la protestation. Comment les
autorités, la société réagissent-elles? quelles sont les appuis de ces
révoltes? J'ajoute que Gérard Vindt complète son approche de la société
française par des échos en Europe démontrant des interconnexions.
En 96 pages de texte, belle performance, il souligne les révoltes
paysannes et celles des villes, leurs spécificités, contre le seigneur
des lieux et le patriarcat communal comme à Laon mais aussi la grande
Jacquerie de 1358 en Ile-de-France et au-delà contre les seigneurs. Des
noms un peu oubliés, celle des Tuchins, celle des Maillotins, la révolte
des Croquants en Périgord, les Bonnets rouges en Bretagne contre la
soldatesque, le fisc. La famine est une réalité dans le royaume.
Songeons à la «guerre des farines» en 1775 contre les «affameurs».
Parfois la révolte se porte contre les agents recruteurs forçant le
volontariat des engagés. De ce fait, en contestant le recrutement de
l'armée, c'est le pouvoir royal qui est menacé. Et au fil des pages,
nous voyons émerger les révoltes des esclaves, les premières révoltes
ouvrières dont celle des célèbres Canuts en 1831, celle dite des «quatre
sous» à Anzin en 1833.
Quelle logique dans ces mouvements?
Le mouvement ouvrier se structure, la question sociale prédomine avec la
création de la CGT en 1895, la multiplication des grèves et l'apothéose
de 1936. La révolte n'est pas nécessairement «de gauche». Gérard Vindt
évoque celles contre les «jaunes» (1886, l'affaire Watrin. Pascal
Dessaint. Ed. Rivages, 2023), les étrangers comme à Aigues-Mortes (De
sel et de sang, Fred Paronuzzi et Vincent Djinda. Ed. Les Arènes BD,
2022), les menées des ligues en 1934. Après la Seconde guerre mondiale,
la France connaîtra les révoltes coloniales, le poujadisme et bien sur
1968, la révolte contre l'autorité.
Le sentiment de révolte après 1980 s'affiche contre les responsables des
inégalités et de la précarité, le patronat français, les instances
européennes. Les acteurs de ces révoltes dépassent parfois la notion de
classe sociale: les femmes, les jeunes et plus globalement les nouveaux
mouvements sociaux.
Y a-t-il une logique dans ces mouvements? Peut-on prévoir l'éclatement
d'une révolte? Rappelons-nous Le Monde du 15 mars 1968: «Quand la France
s'ennuie...» ou l'explosion des Gilets jaunes, qui le prédisait? C'est
une part du lien social, une force du «ça suffit». Les responsables
politiques s'imaginent que cela va passer encore une fois et puis un
jour... Cet ouvrage synthétique accompagné d'une riche bibliographie
ouvre efficacement la réflexion des militants, des acteurs de la vie
sociale.
* Gérard Vindt
Histoire des révoltes populaires en France
Ed. La Découverte, coll. Repères Histoire, n°759, 2026
https://monde-libertaire.net/?articlen=8967
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