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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - In memoriam Mohammed Harbi (1933-2026)
Date
Thu, 8 Jan 2026 17:57:49 +0000
Mohammed Harbi est mort le 1er janvier 2026 à Paris. Nedjib Sidi Moussa
qui fut son élève, son camarade et son ami retrace une vie d'engagement,
de dignité et de combat «Une vie debout» ---- La disparition de Mohammed
Harbi, survenue le premier jour de cette nouvelle année, nous impose un
devoir de recueillement et d'introspection. ---- Par-delà la peine qui
nous afflige, il faut savoir exprimer notre gratitude et saluer comme il
se doit la mémoire de celui qui fut un professeur, un camarade ou un ami
- voire tout cela à la fois. ---- Pour beaucoup d'entre nous, Mohammed
Harbi incarnait un modèle de décence morale et de rigueur
intellectuelle, deux qualités qui le caractérisaient avec la
bienveillance et la générosité. C'est pourquoi sa mort constitue une
perte incommensurable pour les chercheurs de vérité comme pour les
défenseurs des causes justes.
Mais l'envergure d'un tel personnage ne saurait être restituée avec
justesse en quelques lignes.
En effet, depuis sa naissance à El Harrouch, dans le Nord-Constantinois,
jusqu'à son décès dans son exil parisien, Mohammed Harbi aura été
successivement un militant pour l'indépendance de son pays - dès l'âge
de 15 ans -, un partisan du socialisme autogestionnaire, un archiviste
méticuleux de la révolution anticoloniale, un historien majeur du
mouvement national algérien, un professeur apprécié de ses étudiants et
un observateur engagé sur la scène internationale.
Ses ouvrages, dont certains ont fait l'objet d'une réédition au cours de
la dernière période - à l'instar de son «classique», Le FLN, mirage et
réalité, paru originellement en 1980 - ne représentent qu'une fraction
de son important travail mené sur plusieurs décennies.
Reconstituer l'impressionnante trajectoire savante et militante de
Mohammed Harbi - qui ne refusait pas l'étiquette d'«homme de lettres» -
nous amène à prendre en considération l'ensemble de sa production,
jusqu'à son arrestation en 1965 - suite au coup d'État qui a renversé
Ahmed Ben Bella (1916-2012), le premier président de la République
algérienne démocratique et populaire -, ainsi que ses textes publiés
depuis son évasion en 1973, avec l'aide de compagnons du dirigeant
trotskiste Mikhalis Raptis (1911-1996) dit «Pablo».
C'est sur cette «deuxième» période que nous souhaiterions ici mettre
l'accent puisqu'elle est non seulement la plus longue, la plus riche
mais aussi - de façon paradoxale - la plus ignorée par certains aspects.
Pourtant, elle révèle ce que fut Mohammed Harbi durant près d'un
demi-siècle: un intellectuel postcolonial total et un socialiste
internationaliste impénitent.
Qu'on en juge plutôt.
La déclaration datée de mai 1973 à Rome - une ruse pour éviter de rendre
sa situation personnelle encore plus délicate -, signée avec son
camarade Hocine Zahouane (1935-2025), se conclut par ces lignes qui
résonnent toujours avec la même force:
«Le combat du peuple palestinien pour sa libération est aujourd'hui la
pointe la plus
avancée de la lutte pour la libération nationale et sociale dans le
monde arabe. Il est
le nôtre. Avec tous les révolutionnaires nous considérons comme notre
devoir d'y
participer et de le défendre contre le sionisme, l'impérialisme et les
classes
dirigeantes arabes qui sont ses fossoyeurs. »
Assurément, depuis la diffusion de ce texte - reproduit dans son
intégralité dans la revue Sous le drapeau du socialisme et en partie
dans l'hebdomadaire Rouge, avec une présentation d'Edwy Plenel alias
Joseph Krasny -, le rapport de Mohammed Harbi à la politique a évolué,
qu'il s'agisse des formes de son intervention ou du contenu donné à son
engagement.
Pourtant, nous pouvons sans difficulté déceler chez lui, au fil des
années, le même souci de la parole juste, loin des polémiques stériles,
tout comme la volonté de rompre avec l'isolement - qui lui a été imposé
par les circonstances, de part et d'autre de la Méditerranée - afin de
mieux montrer, par les actes, que le chemin de l'émancipation sera
collectif ou ne sera pas.
C'est sans doute ainsi qu'il faut comprendre le sens des déclarations
signées conjointement avec d'autres figures du mouvement indépendantiste
qui, à l'instar de Hocine Aït Ahmed (1926-2015) - qui avait, lui aussi,
rejoint dans sa jeunesse le Parti du peuple algérien (PPA) -, ont
poursuivi leur combat légitime contre le colonialisme en luttant pour le
triomphe des libertés démocratiques dans une Algérie autoritaire marquée
par le système de parti unique.
À titre d'exemple, mentionnons leur communiqué daté du 7 avril 1982 -
publié dans l'hebdomadaire Sans frontière - à travers lequel les deux
anciens dirigeants du Front de libération nationale (FLN) s'élèvent
contre les méthodes employées par des représentants de l'Amicale des
Algériens en Europe qui ont empêché, manu militari, Ahmed Ben Bella de
s'exprimer lors d'une réunion publique à Belfort.
Plus tard, à l'occasion du procès de l'ancien criminel nazi Klaus Barbie
(1913-1991) ouvert à Lyon en 1987, Mohammed Harbi et Hocine Aït Ahmed
s'insurgent - dans un communiqué repris dans la revue Sou'al -, contre
les manipulations de la morale, de l'histoire et du droit:
«la défense des droits de l'homme devant les cours françaises durant la
guerre d'Algérie trouve sa suite logique dans la défense des droits de
l'homme dans les pays nouvellement indépendants et non dans celle d'un
homme, Barbie, dont la victoire aurait signifié l'extermination des juifs».
Ces prises de positions, répétées au cours des années 1980, expriment un
humanisme profondément ancré chez cet intellectuel sensible au devenir
des peuples du Tiers-monde, sans pour autant cautionner les versions les
plus caricaturales du tiers-mondisme qui pouvaient s'accommoder des
dérives autoritaires au prétexte de la résistance à l'impérialisme
occidental.
Cet exilé - et ancien responsable de la Fédération de France du FLN -
s'est encore montré attentif au sort réservé aux travailleurs immigrés
ou à leurs descendants, victimes constantes du racisme, ainsi que
l'atteste son soutien à des pétitions initiées par ceux que l'on
appellera les «Beurs», comme «Le manifeste des allogènes» - paru en 1981
dans Sans frontière avec la signature, entre autres, du sociologie
Abdelmalek Sayad (1933-1998) - ou l'appel destiné à faire cesser la
campagne d'attentats - repris en 1986 dans le magazine Baraka - appuyé
par Hocine Aït Ahmed et l'ancien ministre Bachir Boumaza (1927-2009).
Malgré son installation - définitive - dans la capitale française,
Mohammed Harbi suivait l'évolution de la société algérienne et
n'hésitait pas à accompagner ses aspirations à la dignité, à la paix, au
pluralisme, pour beaucoup synonymes de parachèvement de l'indépendance.
Dans le sillage de la répression du Printemps berbère, en 1980, il exige
dans Sans frontière la libération des détenus - qualifiés de «semeurs
d'espoirs» - et proclame la légitimité de «la lutte pour l'enseignement
du berbère». Interpellé par une lectrice, il précisera que son
opposition à l' «arabo-islamisme» n'est autre que le rejet de
«l'attitude de ceux qui confondent, langue, culture et État ou qui
croient que la langue arabe et l'Islam sont à jamais inséparables.»
Loin de céder aux sirènes de l'intégrisme ou de l'islam politique,
Mohammed Harbi mettait plutôt en garde, la même année dans Jeune
Afrique, contre la tentation du «populisme mystique» - qui guettait
notamment Ahmed Ben Bella, alors privé de liberté - et refusait la
grille de lecture qui assimilait «le conflit Nord-Sud à un conflit entre
l'islam et l'Occident».
Cette intransigeance le conduit, dix ans après la révolution islamique
en Iran, à apporter son soutien à l'écrivain Salman Rushdie - exprimé
dans un éditorial de Sou'al repris dans Les Cahiers d'Article 31 -, mais
aussi à refuser de défendre le port du voile à l'école publique, à
travers une tribune parue dans l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur et
un article publié dans Critique Communiste, la revue de la Ligue
communiste révolutionnaire (LCR).
Il convient toutefois de rapporter ces prises de position à son
engagement constant pour l'égalité entre les hommes et les femmes,
depuis son entretien accordé en 1980 à la sociologue Christiane
Dufrancatel pour Les révoltes logiques - consacré au rôle des femmes
dans la révolution algérienne - à son avant-propos pour la réédition en
1990 de l'ouvrage du sociologue Mansour Fahmy (1886-1959), La condition
de la femme dans l'islam qui s'achevait sur ces mots:
«Dans une époque indigente où les pouvoirs en place laissent les
islamistes façonner, par une sorte d'esprit persuasif ou dissuasif, la
jeunesse et exigent des intellectuels de s'abstenir de toucher à la
question religieuse, rappeler aux consciences ce qu'on leur cache ou ce
qu'elles ont oublié est la tâche ingrate de la pensée.»
Qu'il nous soit encore permis d'évoquer sa déclaration diffusée en 1981
au nom de l'Union de la gauche socialiste (UGS) - reprise neuf ans plus
tard dans les Cahiers du féminisme - au sujet de l'avant-projet du Code
de la famille et dans laquelle il admet «sans réserve l'autonomie et la
spécificité du mouvement féministe», avant d'ajouter:
«L'UGS condamne fermement toute tentative de hiérarchisation des luttes
comme un frein au regroupement des femmes, à l'élargissement et à la
cohésion de leur mouvement. Elle appelle tous les démocrates et
socialistes à lutter non pour l'aménagement «démocratique» de ce code de
la honte, ce qui serait le témoignage d'une hypocrisie inavouée, mais
bien pour son retrait pur et simple.»
Suite aux émeutes d'octobre 1988 - réprimées dans le sang par les forces
de l'ordre -, il participe à un débat animé par le philosophe Félix
Guattari (1930-1992) et l'économiste Gustave Massiah. Son constat est
sans appel: «La comédie est terminée. Le divorce entre l'État et la
société est apparu au grand jour.» En réponse à la question du
multipartisme posé par les classes moyennes, Mohammed Harbi se prononce
là encore sans détours:
«Si ces classes veulent réellement se rapprocher des classes populaires,
il leur faudra poser la question démocratique en termes d'eau, d'écoles,
de santé, de terre, de logement. Alors le débat sur la démocratie,
enlisé dans les pétitions de principe, sortira de l'ornière.»
L'avènement du pluralisme partisan l'incite à renouer avec son pays
natal. De retour à Paris, il confie en 1991 ses impressions à Gilbert
Achcar alias Salah Jaber et Sophie Massouri pour Inprecor, la revue du
Secrétariat unifié de la Quatrième Internationale. Son analyse, guère
réjouissante, souligne une incompatibilité entre les classes moyennes et
populaires divisées par des considérations économiques mais aussi par
leur style de vie:
«Les classes populaires veulent le changement social, mais sont
idéologiquement conservatrices, et c'est par le biais de l'idéologie
qu'elles peuvent être récupérées ou neutralisées dans leurs visées par
les privilégiés.»
Pourtant, l'interruption du processus électoral en janvier 1992 - qui
frustre le Front islamique du salut (FIS) d'une victoire politique - et
la montée aux extrêmes déchirent une société algérienne entrée dans «la
voie suicidaire de la guerre civile» comme il l'écrit dans un article
paru en 1994 dans Le Monde diplomatique. Face à cette situation
chaotique où les assassinats succèdent aux disparitions et les attentats
aux exactions, il ne voit guère que deux options pour sortir de la crise
ainsi qu'il le confie la même année à la Revue d'études palestiniennes:
«La première consiste en un dialogue sérieux qui tienne compte de
l'islamisme. Il n'y en a pas eu jusqu'à présent. La seconde, c'est
continuer à appliquer la «solution» militaire, avec tous les dangers que
cela implique, y compris la décomposition de l'État et le chaos.»
Avec la sociologue Monique Gadant (1930-1995), il publie l'année
suivante dans Esprit un article qui déplore l'assassinat des
intellectuels «francophones», refuse la polarisation mortifère à
l'oeuvre dans son pays et pointe les failles de la mouvance démocratique:
«Tout est fait pour imposer le silence à ceux qui refusent de mettre sur
le même plan l'État et les bandes armées. Dans ces conditions
l'invocation rituelle à la démocratie participe d'une corruption du
langage. Sans indépendance par rapport à l'État, l'unité des démocrates
restera encore longtemps un voeu pieux.»
Après l'adoption de la plate-forme de Rome, en janvier 1995, par des
représentants de l'opposition, comme Ahmed Ben Bella et Hocine Aït
Ahmed, mais aussi par des dirigeants du FIS, il signe un appel
d'intellectuels - paru en 1997 dans Libération - en faveur de la
création d'une commission d'enquête internationale sur la situation en
Algérie. Il participe à cet effet à un meeting, le 21 février 1998 à
Paris, aux côtés de Hocine Aït Ahmed.
Libre à chacun de s'arroger le droit de distribuer les bons et les
mauvais points. Toujours est-il que Mohammed Harbi fut guidé - sur ce
terrain comme sur les autres - par le souci de justice et de vérité,
répondant en cela aux doléances de ses compatriotes qui n'avaient pas
voix au chapitre. Seulement, les meilleures intentions se heurtèrent aux
difficultés concrètes provoquées par le choc de la «guerre civile» et à
l'affaiblissement dramatique des forces de transformation sociale comme
il le déclarait en 2000 à Alternative libertaire:
«La gauche algérienne autrefois dominée par les étatistes est en plein
désarroi. Une partie s'est convertie au néo-libéralisme. Une autre
partie défend le secteur public et les libertés démocratiques et
s'oppose à Bouteflika. On y retrouve des courants trotskystes, des
staliniens repentis, entre autres. Il n'y a pas encore de révision
critique adéquate des socialistes étatistes et de débat autour de la
perspective autogestionnaire.»
Parallèlement à ses interventions nombreuses - par le biais de tribunes,
entretiens, réunions, pétitions... -, qui ont marqué la période de la
«maturité» consécutive à son installation à Paris, Mohammed Harbi s'est
engagé dans plusieurs aventures collectives dont il pouvait
s'enorgueillir avec raison. Tel fut le cas de la revue Sou'al - fondée à
Paris avec Claude Sixou (1931-2011), cofondateur en 1956 du Comité des
Algériens israélites pour la négociation ou encore Mustapha Khayati,
ancien membre de l'Internationale situationniste - et dont l'éditorial
du premier numéro (daté de décembre 1981) résume l'intention de cette
initiative qui mérite d'être redécouverte par de nouveaux lecteurs:
«Créer, regrouper, confronter. Telles sont les principales articulations
qui peuvent donner vie à la mise en oeuvre d'un champ de réflexions et
d'analyses originales, à la mise en acte d'un cadre rigoureux et
offensif de rassemblement des forces les plus conscientes de
l'intelligentsia et de tous les militants des pays arabes. C'est autour
de ces tâches et pour ces objectifs que Sou'al vivra. »
Dans le même esprit, il soutiendra la création, à Alger, de la revue
Naqd - qui eut comme premier directeur le sociologue Saïd Chikhi
(1944-1993) - et qui s'était donnée pour ambition, dès son lancement en
octobre 1991, de «faire naître une pensée audacieuse».
Si l'on retient, à juste titre, le travail personnel de Mohammed Harbi -
largement évoqué dans les hommages, ce qui est la moindre des choses -
il serait toutefois injuste de passer sous silence cette activité
collective, qui reflète, outre les qualités susmentionnées, sa fidélité
en amitié ainsi que la profondeur de ses vues qui ne se limitaient ni à
la seule Algérie ni à l'espace francophone. D'ailleurs, sur la fin de sa
vie, il revenait en particulier sur les cas irlandais ou mexicain.
Cependant, il convient de rappeler pour ceux qui l'ignoreraient, son
rôle décisif dans l'écriture du mouvement indépendantiste et de la
révolution algérienne. Sa bibliographie, qui mériterait d'être
rediscutée, diffusée et traduite, parle d'elle-même: Aux origines du
FLN. Le populisme révolutionnaire en Algérie (1975); Le FLN, mirage et
réalité. Des origines à la prise du pouvoir (1980); Les archives de la
révolution algérienne (1981); 1954, la guerre commence en Algérie
(1984); L'Algérie et son destin. Croyants ou citoyens (1992); Une vie
debout. Mémoires politiques (2001).
Aux côtés de ces ouvrages, qui figurent en bonne place dans les
bibliothèques de tous les connaisseurs, s'ajoutent ceux publiés en 2004
en collaboration avec d'autres historiens, comme Le FLN, documents et
histoire avec Gilbert Meynier (1942-2017) - dont il avait préfacé son
Histoire intérieure du FLN (2002) - et La guerre d'Algérie: 1954-2004.
La fin de l'amnésie, codirigé avec Benjamin Stora - dont il avait
préfacé le Dictionnaire biographique de militants nationalistes
algériens (1985) -, sans oublier, pour la période la plus récente, la
postface à la réédition du livre de Jim House et Neil McMaster, Paris
1961. Les Algériens, la terreur d'État et la mémoire (2021), celle à la
thèse d'Ali Guenoun, La question kabyle dans le nationalisme algérien
(2021), ou encore la parution, en 2022, de L'Autogestion en Algérie: Une
autre révolution?, avec la collaboration de Robi Morder et d'Irène Paillard.
Historien «iconoclaste», Mohammed Harbi le fut sans doute au regard d'un
récit monolithique qui a longtemps prévalu en Algérie au sujet du
mouvement national et de ses figures occultées qui, pour certaines, ont
été injustement calomniées, à l'instar de Messali Hadj (1898-1974),
«pionnier malheureux de la révolution algérienne» pour reprendre le
titre de son article paru dans Les Africains (1977) dirigé par
l'historien Charles-Robert Ageron (1923-2008). Son texte s'ouvrait sur
ces mots lourds de sens:
«Peu de personnages de l'histoire de l'Algérie contemporaine ont été
aussi discutés que Messali Hadj. Cet homme qui avait devancé l'avenir
dut vivre le restant de ses jours à se débattre pour se laver de
l'accusation de trahison. L'histoire qui est juge du monde a pour
premier devoir de perdre le respect écrivait Michelet. Perdre le respect
en retraçant ce qu'a été la vie de Messali, c'est rétablir la vérité et
restituer sans fard et sans passion le visage de l'homme qui a présidé
aux destinées des organisations qui ont préparé la révolution algérienne».
Sans surprise, il signe une postface aux Mémoires de Messali Hadj (1982)
dont l'édition a été établie par le journaliste Renaud de Rochebrune
(1947-2022). On le retrouvera lors du colloque sur Messali Hadj organisé
en 2011 par l'association Ecolymet à Tlemcen. C'est peu dire qu'il était
hanté par la lutte «fratricide» entre les nationalistes algériens et
qu'il avait en horreur les justifications a posteriori de l'assassinat
ou du terrorisme pour régler des différends politiques.
Au cours de ces dernières années, marqué par la fatigue, les soucis de
santé et quelques désillusions, il n'avait de cesse d'honorer la mémoire
de ses compagnons disparus, les uns après les autres, comme
l'orientaliste Maxime Rodinson (1915-2004), dont il fera l'éloge dans Le
Monde, l'historien Pierre Vidal-Naquet (1930-2006), qu'il saluera dans
la Revue d'études palestiniennes, ou encore le libertaire Daniel Guérin
(1904-1988) lors d'une journée d'hommage organisée en 2018 à Paris.
Rationaliste convaincu - il collaborait à la revue Raison présente et se
présentait, dans un entretien accordé en 2019 au Monde, comme
«non-croyant, non-pratiquant et marxiste libertaire» -, Mohammed Harbi
avait le souci de transmettre, de former et d'aider les générations
montantes, de rendre justice aux marginalisés ou de relayer la voix des
plus fragiles.
Pour finir par une note personnelle, je garde le souvenir de nos
connivences et convergences, nombreuses, fructueuses, et qui se sont
concrétisées, entre autres, par une déclaration, diffusée le 11 mars
2019 sous le titre «L'Algérie est au bord de l'éclosion» puis celle,
publiée l'année suivante dans Le Monde, intitulée «Algérie: rouvrir un
avenir à la révolution».
Tous les compagnons de Mohammed Harbi auront à coeur de faire vivre
l'oeuvre foisonnante de cet homme d'une grande sensibilité et d'une rare
élégance.
Il nous revient d'y travailler, collectivement, avec respect, à l'image
de ce que nous a appris notre professeur, camarade et ami.
Paris, le 3 janvier 2026.
++++
Nedjib SIDI MOUSSA avait déjà évoqué Mohammed Harbi dans les colonnes de
Courant Alternatif en décembre 2024 dans son texte Colonialisme:
Palestine et Kanaky au prisme de la révolution algérienne, en signalant
combien ce militant de l'indépendance algérienne offrait toujours aux
générations montantes une expérience et une lucidité qui manquent
cruellement par les temps qui courent.
Sur son site sinedjib.com, Nedjib Sidi Moussa publie quotidiennement des
écrits de Mohammed Harbi depuis début janvier... Et un certain nombre
des textes cités ici y sont également référencé...
++++
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4605
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