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(fr) Socialisme Libertaire - Kropotkine: L'idée anarchiste et ses développements
Date
Thu, 7 May 2026 20:39:43 +0100
«Anarchie veut dire négation de l'autorité. Mais comme l'autorité
prétend légitimer son existence sur la nécessité de défendre les
institutions sociales, telles que la famille, la religion, la propriété,
une foule de rouages sont nés pour assurer l'exercice et la sanction de
cette autorité qui sont: la loi, la magistrature, l'armée, le pouvoir
législatif, exécutif, etc. De sorte que, forcée de répondre à tout,
l'idée anarchiste a du s'attaquer à tous les préjugés sociaux, de
s'imprégner à fond de toutes les connaissances humaines afin de pouvoir
démontrer que ses conceptions étaient conformes à la nature
physiologique et psychologique de l'homme, adéquates à l'observance des
lois naturelles, tandis que l'organisation actuelle était établie à
l'encontre de toute logique, ce qui fait que nos sociétés sont
instables, bouleversées par des révolutions qui sont elles-mêmes
occasionnées par les haines accumulées de ceux qui sont broyés par des
institutions arbitraires.
Donc, en combattant l'autorité, il a fallu aux anarchistes attaquer
toutes les institutions dont le pouvoir s'est créé le défenseur, dont il
cherche à démontrer l'utilité pour légitimer sa propre existence.
Le cadre des idées anarchistes s'est donc agrandi. Parti d'une simple
négation politique, il lui a fallu attaquer aussi les préjugés
économiques et sociaux, trouver une formule qui, tout en niant
l'appropriation individuelle qui est la base de l'ordre économique
actuel, affirmât, en même temps, des aspirations sur l'organisation
future, et le mot «communisme» vint, tout naturellement, prendre place à
côté du mot «anarchisme».
C'est cette diversité de questions à attaquer et à résoudre qui a fait
le succès des idées anarchistes et a contribué à leur rapide expansion,
qui fait que, parties d'une minorité d'inconnus, sans moyens de
propagande, elles envahissent aujourd'hui, plus ou moins, les sciences,
les arts, la littérature.
La haine de l'autorité, les réclamations sociales datent de longtemps,
elles commencent aussitôt que l'homme a pu se rendre compte qu'on
l'opprimait. Mais par combien de phases et de systèmes a-t-il fallu que
passe l'idée pour arriver à se concrétiser sous sa forme actuelle?
C'est Rabelais qui, un des premiers, en formula l'intuition en décrivant
la vie de l'abbaye de Thélème, mais combien obscure elle est encore;
combien peu il la croit applicable à la société entière, car l'entrée de
la communauté en est réservée à une minorité de privilégiés.
En 93, on parle bien des anarchistes. Jacques Roux et les Enragés nous
paraissent être ceux qui ont vu clair le mieux dans la révolution et ont
le plus cherché à la faire tourner au profit du peuple. Aussi les
historiens bourgeois les ont-ils laissés dans l'ombre: leur histoire est
encore à faire: les documents, enfouis dans les musées, les archives et
les bibliothèques attendent encore celui qui aura le temps et l'énergie
de les déterrer pour les mettre à jour et nous apporter la clef de
choses bien incompréhensibles encore pour nous dans cette période
tragique de l'histoire. Nous ne pouvons donc formuler aucune
appréciation sur leur programme.
Il faut arriver à Proudhon pour voir l'anarchie se poser en adversaire
de l'autorité et du pouvoir et commencer à prendre corps. Mais ce n'est
encore qu'une ennemie théorique; en pratique, dans son organisation
sociale, Proudhon laisse subsister, sous des noms différents, les
rouages administratifs qui sont l'essence même du gouvernement.
L'anarchie arrive, jusqu'à la fin de l'empire, sous la forme d'un vague
mutuellisme qui vient sombrer, en France, dans les premières années qui
suivirent la Commune, au mouvement dévoyé et dévoyeur des coopératives
de production et de consommation.
Mais bien avant d'aboutir, un courant s'était détaché du rameau
primitif. L'Internationale avait donné naissance, en Suisse, à la
Fédération jurassienne où Bakounine propageait l'idée de Proudhon,
l'anarchie ennemie de l'autorité, mais en la développant, en
l'élargissant, en lui faisant faire corps avec les réclamations sociales.
C'est de là que date la véritable éclosion du mouvement anarchiste
actuel. Certes, bien des préjugés existaient encore, bien des illogismes
se faisaient encore jour dans les idées émises. L'organisation
propagandiste contenait encore bien des germes d'autoritarisme, bien des
éléments restaient de la conception autoritaire, mais qu'importe! Le
mouvement était lancé, l'idée grandit, s'épura et devint de plus en plus
concise. Et lorsque, il y a à peine douze ans, l'anarchie s'affirmait en
France, au Congrès du Centre, quoique bien faible encore, quoique cette
affirmation ne fut que le fait d'une infime minorité et qu'elle eut
contre elle non seulement les satisfaits de l'ordre social actuel, mais
encore ces pseudo-révolutionnaires qui ne voient dans les réclamations
populaires qu'un moyen de grimper au pouvoir, l'idée avait en elle-même
assez de force d'expansion pour arriver à s'implanter, sans aucun moyen
de propagande autre que la bonne volonté de se adhérents, assez de
vigueur pour amener les soutiens du régime capitaliste à l'injurier, la
persécuter; les gens de bonne foi à la discuter, ce qui est une preuve
de force et de vitalité.
Aussi, malgré la croisade de tous ceux qui, à un degré quelconque,
peuvent se considérer comme les meneurs d'une des diverses fractions de
l'opinion publique, malgré les calomnies, malgré les excommunications,
malgré la prison, l'idée anarchiste fait son chemin. Des groupes se
fondent, des organes de propagande sont lancés en France, en Espagne, en
Italie, en Angleterre, au Portugal, en Belgique, en Hollande, en
Norvège, en Amérique, en Australie, en Argentine: en slave, en allemand,
en hébreu, en tchèque, en arménien; un peu partout, un peu en toutes les
langues.
Mais, chose plus énorme, du petit groupe de mécontents où elles
s'étaient formulées, les idées anarchistes ont irradié dans toutes les
classes de la société. Elles se sont infiltrées partout où l'homme est
en activité cérébrale. Les arts, la science, la littérature sont
contaminés par les idées nouvelles et leur servent de véhicule.
Elles ont commencé d'abord en formules inconscientes, en aspirations
vagues, mal définies, bien souvent boutades plutôt que convictions
réelles. Aujourd'hui, non seulement on formule des aspirations
anarchistes, mais on sait que c'est l'anarchie que l'on répand et on
pose crânement l'étiquette.
Les anarchistes ne sont donc plus les seuls à trouver que tout est
mauvais et à désirer un changement. Ces plaintes, ces aspirations sont
formulées par ceux-là même qui se croient les défenseurs de l'ordre
capitaliste. Bien plus, on commence à sentir que l'on ne doit plus se
borner aux voeux stériles, mais que l'on doit travailler à la
réalisation de ce que l'on demande; on commence à comprendre et à
acclamer l'action, à comprendre la propagande par le fait, c'est-à-dire
que, comparaison faite des jouissances que doit apporter la satisfaction
d'agir comme l'on pense et les ennuis que l'on doit éprouver de la
violation d'une loi sociale, on tâche, de plus en plus, à conformer sa
manière de vivre à sa manière de concevoir les choses, selon le degré de
résistance que votre tempérament particulier peut offrir aux
persécutions de la vindicte sociale.
Aujourd'hui l'idée est lancée, rien ne pourra l'arrêter.»
Piotr Kropotkine, in La Révolte, 31 octobre 1891.
https://www.socialisme-libertaire.fr/2026/03/kropotkine-l-idee-anarchiste-et-ses-developpements.html
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