A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ _The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours | of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2014 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018 | of 2019 | of 2020 | of 2021 | of 2022 | of 2023 | of 2024 | of 2025 | of 2026

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) AWSM [NZ] - Contre le rituel: Pourquoi les anarchistes d'Aotearoa refusent de voter (en) [Traduction automatique]

Date Wed, 6 May 2026 21:06:05 +0100


Il est étrange de se faire répéter sans cesse qu'on est déraisonnable de refuser de participer à un processus que les anarchistes, historiquement et globalement, ont toujours abordé avec une profonde méfiance, voire une hostilité manifeste. En Aotearoa Nouvelle-Zélande, affirmer que les anarchistes devraient s'abstenir de voter est encore perçu comme marginal, sectaire, voire irresponsable. On vous reprochera de laisser gagner la droite, d'abandonner les personnes vulnérables, de vous complaire dans une pureté idéologique au détriment d'autrui. Pourtant, avec un peu de recul, cette position n'est ni nouvelle ni particulièrement extrême. Elle constitue, en réalité, l'un des courants les plus anciens et les plus constants de la pensée anarchiste.

Alors pourquoi cela suscite-t-il autant de controverses ici? Cela tient en partie au fait que la Nouvelle-Zélande a cultivé une culture politique très particulière, fortement imprégnée du mythe de l'équité, de la modération et du progrès graduel. Ici, la politique électorale est moins perçue comme un lieu de domination que comme une sorte de projet moral collectif. Voter n'est pas qu'une simple tactique, c'est un rituel d'appartenance. S'abstenir, ce n'est pas simplement renoncer à une stratégie, mais se soustraire à ce qui est conçu comme la vie éthique partagée de la nation.

L'anarchisme, par essence, n'a jamais consisté à appartenir à une nation. Il a toujours consisté à refuser les structures qui, en premier lieu, exigent l'obéissance. Historiquement, les anarchistes ont fait preuve d'une remarquable constance sur ce point. De la fin du XIXe siècle à nos jours, les mouvements anarchistes en Europe, en Amérique et ailleurs ont soutenu que la participation aux systèmes parlementaires ne remet pas en cause le pouvoir, mais le légitime. L'État, dans cette perspective, n'est pas un instrument neutre que l'on peut utiliser à bon ou à mauvais escient selon qui le détient. C'est une structure conçue pour organiser la domination, la domination de classe avant tout, et les élections servent à renouveler le consentement à cette structure.

Il ne s'agit pas d'un argument abstrait. Il découle d'une expérience vécue. À maintes reprises, les mouvements qui fondaient leurs espoirs sur un changement électoral ont vu ces espoirs déçus, détournés, voire trahis. Les partis radicaux se modèrent une fois au Parlement. Les revendications transformatrices se diluent en de simples ajustements politiques. L'appareil d'État absorbe l'opposition et la rejette sous une forme bien moins menaçante.

Les anarchistes l'ont compris très tôt. C'est pourquoi l'abstentionnisme, le refus de participer aux élections, est devenu un élément fondamental de nombreuses traditions anarchistes. Il ne s'agit pas d'apathie, mais de lucidité. Si l'on croit que l'État est fondamentalement structuré pour maintenir la hiérarchie et l'exploitation, alors participer à ses rituels apparaît moins comme du pragmatisme que comme de la complicité.

À l'échelle mondiale, cette position n'a jamais vraiment disparu. Elle a évolué, s'est adaptée, a fait l'objet de débats internes, mais elle demeure largement comprise. Dans certains contextes, les anarchistes s'impliquent stratégiquement dans les élections, en soutenant par exemple des réformes spécifiques, tout en conservant souvent une certaine distance critique. Dans d'autres, l'abstention reste la norme.  Ce qui nous ramène à Aotearoa (Nouvelle-Zélande). Ici, l'abstention est perçue différemment. Non pas parce que les arguments contre le système électoral sont plus faibles, mais parce que le contexte socio-politique modifie la façon dont ces arguments sont entendus. La stabilité relative de la Nouvelle-Zélande, sa petite taille et son image soigneusement cultivée de démocratie progressiste contribuent toutes à l'impression que le système fonctionne plus ou moins. Pas parfaitement, bien sur, mais suffisamment bien pour que la participation ait un sens.

C'est là que réside le véritable noeud du problème. Lorsque les anarchistes néo-zélandais appellent à l'abstention, ils ne se contentent pas de critiquer l'État de manière abstraite. Ils remettent en question une croyance largement répandue, profondément ancrée, selon laquelle le système est capable de rendre justice à condition d'élire les bonnes personnes. On le constate dans la manière dont le débat politique est présenté. Les élections sont perçues comme des moments d'espoir, d'action collective, porteurs de possibilités. Les campagnes sont saturées de discours sur le changement, sur la nécessité d'avoir un impact, sur la construction de l'avenir. Même lorsque les citoyens sont désabusés, la solution proposée est généralement de s'engager davantage, de voter avec plus de vigueur, de faire élire le bon parti.

Dans ce contexte, l'abstention s'apparente à un retrait. Elle peut être perçue comme un abandon, un refus de se battre sur le terrain même où se décident les décisions. Et dans un contexte où les préjudices sont réels et immédiats, où les gens luttent contre le mal-logement, l'accès aux soins et la pauvreté, il n'est pas surprenant que cette interprétation ait du poids. Elle repose toutefois sur une hypothèse particulière: celle que les élections constituent le principal, voire le plus efficace, vecteur de changement.

Les anarchistes contestent cette hypothèse. Non pas en niant l'impact des élections bien sur qu'elles en ont , mais en questionnant leurs limites. Quels types de changements sont possibles dans le cadre de l'État? Quels types sont impossibles? Et que signifie concentrer nos efforts sur un terrain structurellement orienté vers la préservation des rapports de pouvoir existants?

D'un point de vue anarchiste, le problème ne réside pas seulement dans l'incapacité des élections à engendrer de véritables changements. Il réside dans le fait qu'elles façonnent activement notre conception du changement. Elles canalisent l'imagination politique vers un ensemble restreint d'options voter pour tel ou tel parti, soutenir telle ou telle politique tout en occultant des questions plus fondamentales relatives au pouvoir, à la propriété et au contrôle.

En ce sens, la participation aux élections ne se contente pas de refléter le système; elle le reproduit. C'est là que l'histoire mondiale reprend toute son importance. Les anarchistes affirment depuis longtemps que la véritable transformation ne résulte pas de la prise de contrôle de l'État, mais de la construction d'un pouvoir en dehors de celui-ci.  Par le biais des syndicats, des réseaux d'entraide, de l'organisation communautaire et de l'action directe. Il ne s'agit pas de simples tactiques, mais de formes d'organisation sociale qui préfigurent le monde que les anarchistes souhaitent créer: un monde fondé sur la coopération, l'autonomie et la prise de décision collective, plutôt que sur la hiérarchie et la coercition. L'abstention, dans ce contexte, n'est pas une fin en soi. Elle s'inscrit dans une démarche plus large visant à construire des formes alternatives de pouvoir.

Alors pourquoi cela reste-t-il si marginal en Nouvelle-Zélande? En partie parce que l'infrastructure de la lutte extraparlementaire y est relativement faible. Il existe bien sur des exceptions, mais comparé à d'autres régions du monde, la tradition des mouvements de masse opérant indépendamment du système électoral est moins ancrée. Les syndicats sont plus faibles. Les organisations communautaires sont souvent liées, directement ou indirectement, au financement public. Même les mouvements de protestation s'orientent fréquemment vers l'influence sur les politiques publiques plutôt que vers la construction d'un pouvoir autonome. Dans ce contexte, les élections prennent une importance capitale. Elles deviennent le lieu privilégié de l'action politique, car d'autres espaces semblent moins viables.

Se pose également la question de l'échelle. Dans un petit pays, où les acteurs politiques sont relativement accessibles et où la distance entre électeurs et représentants semble plus courte, il est plus facile d'entretenir l'illusion d'influence. On ne peut peut-être pas changer le système, mais on peut imaginer l'orienter dans une meilleure direction.  On peut rencontrer son député, soumettre des propositions de loi, constater de petites victoires. Ces expériences comptent. Elles rendent la participation concrète. Cependant, elles peuvent aussi masquer la situation dans son ensemble. Les contraintes structurelles qui limitent l'action de tout gouvernement au sein d'une économie capitaliste mondialisée, dans le cadre des rapports de propriété existants et de la logique du pouvoir d'État, demeurent inchangées, quel que soit le parti élu. C'est là que la critique anarchiste vient contrer cet optimisme.  Elle interroge non seulement les promesses des gouvernements, mais aussi leurs capacités réelles sans remettre fondamentalement en cause le système dans lequel ils évoluent.

Il est bien plus facile de croire que le changement peut s'opérer par les élections que d'envisager la possibilité qu'il exige la construction de formes d'organisation sociale entièrement différentes. La première option s'inscrit dans le rythme de vie actuel: voter tous les deux ou trois ans, suivre l'actualité, participer peut-être à une manifestation.  La seconde requiert une transformation plus profonde. Elle demande aux citoyens d'investir du temps, de l'énergie et de l'imagination dans un projet dont le succès n'est pas garanti et qui ne produira peut-être pas de résultats immédiats. À cela s'ajoute, souvent de manière occultée, la récupération de l'anarchisme par les libéraux. En Nouvelle-Zélande, comme ailleurs, l'«anarchisme» a été édulcoré, esthétisé et réintégré dans la culture politique même qu'il était censé bouleverser. On le constate dans l'usage courant du terme, qui désigne à peine plus que la décentralisation, l'individualisme de façade ou une vague méfiance envers l'autorité; des positions qui peuvent parfaitement coexister avec une participation active à la vie politique.

Sous cette forme diluée, l'anarchisme devient moins une critique de l'État qu'une variante du libéralisme. Il se réduit à l'expression personnelle, à la consommation responsable ou à l'esprit communautaire, autant d'éléments facilement compatibles avec le système existant. Son aspect le plus radical le rejet du pouvoir d'État, l'insistance sur le démantèlement des hiérarchies, l'engagement à construire des relations sociales radicalement différentes s'en trouve émoussé, voire ignoré.  Cette récupération a des conséquences. Elle redéfinit les attentes vis-à-vis des anarchistes. Si l'anarchisme est perçu avant tout comme un ensemble de valeurs équité, égalité, anti-autoritarisme plutôt que comme une critique structurelle, alors participer aux élections peut sembler non seulement compatible avec l'anarchisme, mais aussi une obligation. Voter devient alors un acte responsable, le moyen de minimiser les préjudices, l'expression concrète de ses convictions éthiques.

Dans ce contexte, refuser de voter apparaît comme une trahison, non seulement envers la société, mais aussi envers l'anarchisme lui-même.  C'est un renversement de la position historique. On prend une tradition qui a constamment remis en question la légitimité de l'État et on la réinterprète comme un complément moral à celui-ci. L'anarchisme passe d'un défi à une conscience, d'une menace à un correctif. Une fois ce changement opéré, l'abstention devient beaucoup plus difficile à défendre. Elle n'est plus perçue comme un refus de principe fondé sur une critique du pouvoir, mais comme un abandon de responsabilité au sein d'un système considéré comme fondamentalement légitime. Cela explique en partie pourquoi l'argument selon lequel l'abstention sert la droite a autant de poids ici. Si l'on accepte le postulat que les élections sont le principal moyen d'atteindre le bien commun, et si l'anarchisme a été redéfini comme un ensemble de valeurs progressistes au sein de ce système, alors ne pas voter ne peut apparaître que comme néfaste.  Cependant, cet argument repose sur une vision à très court terme. Il se concentre sur le résultat immédiat d'une élection particulière, en faisant abstraction des dynamiques à long terme du système lui-même.  Elle part du principe que le mieux que nous puissions faire est de choisir le moindre mal, encore et encore, sans nous demander quel impact ce cycle a sur notre capacité à imaginer et à construire quelque chose de mieux.

D'un point de vue anarchiste, c'est précisément là le piège. Le moindre mal ne se contente pas d'accepter les limites du système, il les enracine. Il nous conditionne à revoir nos exigences à la baisse, à nous contenter d'améliorations marginales, à percevoir la politique comme une succession de choix contraints plutôt que comme un champ des possibles infini. Avec le temps, ce schéma peut devenir une prophétie autoréalisatrice. Si toute notre énergie est absorbée par les cycles électoraux, il en reste moins pour construire d'autres formes de pouvoir. Et sans ces alternatives, les élections deviennent véritablement la seule option. L'abstention est un refus de ce cycle.  Non pas parce que les anarchistes sont indifférents au mal, loin de là, mais parce qu'ils cherchent à modifier le terrain sur lequel ce mal est abordé. Au lieu de se demander comment gérer l'exploitation de manière plus humaine, la question devient comment démanteler les structures qui la produisent. C'est là que cette position prend tout son sens, même si elle reste controversée pour certains. Il ne s'agit pas de pureté, mais de stratégie. Il s'agit de savoir où investir l'énergie, quel type de pouvoir développer et comment dépasser un système qui, par sa conception même, limite le champ des possibles.

Ainsi, lorsque les anarchistes prônent l'abstention, ils s'attaquent à une idée reçue profondément ancrée. Ils affirment que ce que la plupart des gens tiennent pour acquis, l'idée que le vote est le principal moyen d'opérer un changement, est non seulement insuffisant, mais fait partie intégrante du problème. Même pour certains anarchistes, cette position est controversée, mais la controverse n'est pas synonyme d'erreur. Elle révèle parfois qu'une position touche à une réalité tangible, qu'elle ébranle les modes de pensée établis. Le défi consiste à dépasser les arguments superficiels, les accusations d'irresponsabilité, les appels défensifs au pragmatisme, et à s'attaquer aux questions de fond.

À quoi sert l'État? Que peuvent réellement apporter les élections? Et que signifierait construire le pouvoir autrement que par l'un ou l'autre? Ce sont des questions complexes, sans réponses toutes faites.  Pourtant, ce sont celles que les anarchistes se posent sans relâche depuis plus d'un siècle. C'est dans cette tension entre l'anarchisme comme force de subversion et l'anarchisme comme esthétique récupérée que réside la controverse.

https://awsm.nz/against-the-ritual-why-anarchists-in-aotearoa-refuse-the-ballot-box/
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center