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(fr) AWSM [NZ] - Contre le rituel: Pourquoi les anarchistes d'Aotearoa refusent de voter (en) [Traduction automatique]
Date
Wed, 6 May 2026 21:06:05 +0100
Il est étrange de se faire répéter sans cesse qu'on est déraisonnable de
refuser de participer à un processus que les anarchistes, historiquement
et globalement, ont toujours abordé avec une profonde méfiance, voire
une hostilité manifeste. En Aotearoa Nouvelle-Zélande, affirmer que les
anarchistes devraient s'abstenir de voter est encore perçu comme
marginal, sectaire, voire irresponsable. On vous reprochera de laisser
gagner la droite, d'abandonner les personnes vulnérables, de vous
complaire dans une pureté idéologique au détriment d'autrui. Pourtant,
avec un peu de recul, cette position n'est ni nouvelle ni
particulièrement extrême. Elle constitue, en réalité, l'un des courants
les plus anciens et les plus constants de la pensée anarchiste.
Alors pourquoi cela suscite-t-il autant de controverses ici? Cela tient
en partie au fait que la Nouvelle-Zélande a cultivé une culture
politique très particulière, fortement imprégnée du mythe de l'équité,
de la modération et du progrès graduel. Ici, la politique électorale est
moins perçue comme un lieu de domination que comme une sorte de projet
moral collectif. Voter n'est pas qu'une simple tactique, c'est un rituel
d'appartenance. S'abstenir, ce n'est pas simplement renoncer à une
stratégie, mais se soustraire à ce qui est conçu comme la vie éthique
partagée de la nation.
L'anarchisme, par essence, n'a jamais consisté à appartenir à une
nation. Il a toujours consisté à refuser les structures qui, en premier
lieu, exigent l'obéissance. Historiquement, les anarchistes ont fait
preuve d'une remarquable constance sur ce point. De la fin du XIXe
siècle à nos jours, les mouvements anarchistes en Europe, en Amérique et
ailleurs ont soutenu que la participation aux systèmes parlementaires ne
remet pas en cause le pouvoir, mais le légitime. L'État, dans cette
perspective, n'est pas un instrument neutre que l'on peut utiliser à bon
ou à mauvais escient selon qui le détient. C'est une structure conçue
pour organiser la domination, la domination de classe avant tout, et les
élections servent à renouveler le consentement à cette structure.
Il ne s'agit pas d'un argument abstrait. Il découle d'une expérience
vécue. À maintes reprises, les mouvements qui fondaient leurs espoirs
sur un changement électoral ont vu ces espoirs déçus, détournés, voire
trahis. Les partis radicaux se modèrent une fois au Parlement. Les
revendications transformatrices se diluent en de simples ajustements
politiques. L'appareil d'État absorbe l'opposition et la rejette sous
une forme bien moins menaçante.
Les anarchistes l'ont compris très tôt. C'est pourquoi
l'abstentionnisme, le refus de participer aux élections, est devenu un
élément fondamental de nombreuses traditions anarchistes. Il ne s'agit
pas d'apathie, mais de lucidité. Si l'on croit que l'État est
fondamentalement structuré pour maintenir la hiérarchie et
l'exploitation, alors participer à ses rituels apparaît moins comme du
pragmatisme que comme de la complicité.
À l'échelle mondiale, cette position n'a jamais vraiment disparu. Elle a
évolué, s'est adaptée, a fait l'objet de débats internes, mais elle
demeure largement comprise. Dans certains contextes, les anarchistes
s'impliquent stratégiquement dans les élections, en soutenant par
exemple des réformes spécifiques, tout en conservant souvent une
certaine distance critique. Dans d'autres, l'abstention reste la norme.
Ce qui nous ramène à Aotearoa (Nouvelle-Zélande). Ici, l'abstention est
perçue différemment. Non pas parce que les arguments contre le système
électoral sont plus faibles, mais parce que le contexte socio-politique
modifie la façon dont ces arguments sont entendus. La stabilité relative
de la Nouvelle-Zélande, sa petite taille et son image soigneusement
cultivée de démocratie progressiste contribuent toutes à l'impression
que le système fonctionne plus ou moins. Pas parfaitement, bien sur,
mais suffisamment bien pour que la participation ait un sens.
C'est là que réside le véritable noeud du problème. Lorsque les
anarchistes néo-zélandais appellent à l'abstention, ils ne se contentent
pas de critiquer l'État de manière abstraite. Ils remettent en question
une croyance largement répandue, profondément ancrée, selon laquelle le
système est capable de rendre justice à condition d'élire les bonnes
personnes. On le constate dans la manière dont le débat politique est
présenté. Les élections sont perçues comme des moments d'espoir,
d'action collective, porteurs de possibilités. Les campagnes sont
saturées de discours sur le changement, sur la nécessité d'avoir un
impact, sur la construction de l'avenir. Même lorsque les citoyens sont
désabusés, la solution proposée est généralement de s'engager davantage,
de voter avec plus de vigueur, de faire élire le bon parti.
Dans ce contexte, l'abstention s'apparente à un retrait. Elle peut être
perçue comme un abandon, un refus de se battre sur le terrain même où se
décident les décisions. Et dans un contexte où les préjudices sont réels
et immédiats, où les gens luttent contre le mal-logement, l'accès aux
soins et la pauvreté, il n'est pas surprenant que cette interprétation
ait du poids. Elle repose toutefois sur une hypothèse particulière:
celle que les élections constituent le principal, voire le plus
efficace, vecteur de changement.
Les anarchistes contestent cette hypothèse. Non pas en niant l'impact
des élections bien sur qu'elles en ont , mais en questionnant leurs
limites. Quels types de changements sont possibles dans le cadre de
l'État? Quels types sont impossibles? Et que signifie concentrer nos
efforts sur un terrain structurellement orienté vers la préservation des
rapports de pouvoir existants?
D'un point de vue anarchiste, le problème ne réside pas seulement dans
l'incapacité des élections à engendrer de véritables changements. Il
réside dans le fait qu'elles façonnent activement notre conception du
changement. Elles canalisent l'imagination politique vers un ensemble
restreint d'options voter pour tel ou tel parti, soutenir telle ou telle
politique tout en occultant des questions plus fondamentales relatives
au pouvoir, à la propriété et au contrôle.
En ce sens, la participation aux élections ne se contente pas de
refléter le système; elle le reproduit. C'est là que l'histoire mondiale
reprend toute son importance. Les anarchistes affirment depuis longtemps
que la véritable transformation ne résulte pas de la prise de contrôle
de l'État, mais de la construction d'un pouvoir en dehors de celui-ci.
Par le biais des syndicats, des réseaux d'entraide, de l'organisation
communautaire et de l'action directe. Il ne s'agit pas de simples
tactiques, mais de formes d'organisation sociale qui préfigurent le
monde que les anarchistes souhaitent créer: un monde fondé sur la
coopération, l'autonomie et la prise de décision collective, plutôt que
sur la hiérarchie et la coercition. L'abstention, dans ce contexte,
n'est pas une fin en soi. Elle s'inscrit dans une démarche plus large
visant à construire des formes alternatives de pouvoir.
Alors pourquoi cela reste-t-il si marginal en Nouvelle-Zélande? En
partie parce que l'infrastructure de la lutte extraparlementaire y est
relativement faible. Il existe bien sur des exceptions, mais comparé à
d'autres régions du monde, la tradition des mouvements de masse opérant
indépendamment du système électoral est moins ancrée. Les syndicats sont
plus faibles. Les organisations communautaires sont souvent liées,
directement ou indirectement, au financement public. Même les mouvements
de protestation s'orientent fréquemment vers l'influence sur les
politiques publiques plutôt que vers la construction d'un pouvoir
autonome. Dans ce contexte, les élections prennent une importance
capitale. Elles deviennent le lieu privilégié de l'action politique, car
d'autres espaces semblent moins viables.
Se pose également la question de l'échelle. Dans un petit pays, où les
acteurs politiques sont relativement accessibles et où la distance entre
électeurs et représentants semble plus courte, il est plus facile
d'entretenir l'illusion d'influence. On ne peut peut-être pas changer le
système, mais on peut imaginer l'orienter dans une meilleure direction.
On peut rencontrer son député, soumettre des propositions de loi,
constater de petites victoires. Ces expériences comptent. Elles rendent
la participation concrète. Cependant, elles peuvent aussi masquer la
situation dans son ensemble. Les contraintes structurelles qui limitent
l'action de tout gouvernement au sein d'une économie capitaliste
mondialisée, dans le cadre des rapports de propriété existants et de la
logique du pouvoir d'État, demeurent inchangées, quel que soit le parti
élu. C'est là que la critique anarchiste vient contrer cet optimisme.
Elle interroge non seulement les promesses des gouvernements, mais aussi
leurs capacités réelles sans remettre fondamentalement en cause le
système dans lequel ils évoluent.
Il est bien plus facile de croire que le changement peut s'opérer par
les élections que d'envisager la possibilité qu'il exige la construction
de formes d'organisation sociale entièrement différentes. La première
option s'inscrit dans le rythme de vie actuel: voter tous les deux ou
trois ans, suivre l'actualité, participer peut-être à une
manifestation. La seconde requiert une transformation plus profonde.
Elle demande aux citoyens d'investir du temps, de l'énergie et de
l'imagination dans un projet dont le succès n'est pas garanti et qui ne
produira peut-être pas de résultats immédiats. À cela s'ajoute, souvent
de manière occultée, la récupération de l'anarchisme par les libéraux.
En Nouvelle-Zélande, comme ailleurs, l'«anarchisme» a été édulcoré,
esthétisé et réintégré dans la culture politique même qu'il était censé
bouleverser. On le constate dans l'usage courant du terme, qui désigne à
peine plus que la décentralisation, l'individualisme de façade ou une
vague méfiance envers l'autorité; des positions qui peuvent parfaitement
coexister avec une participation active à la vie politique.
Sous cette forme diluée, l'anarchisme devient moins une critique de
l'État qu'une variante du libéralisme. Il se réduit à l'expression
personnelle, à la consommation responsable ou à l'esprit communautaire,
autant d'éléments facilement compatibles avec le système existant. Son
aspect le plus radical le rejet du pouvoir d'État, l'insistance sur le
démantèlement des hiérarchies, l'engagement à construire des relations
sociales radicalement différentes s'en trouve émoussé, voire ignoré.
Cette récupération a des conséquences. Elle redéfinit les attentes
vis-à-vis des anarchistes. Si l'anarchisme est perçu avant tout comme un
ensemble de valeurs équité, égalité, anti-autoritarisme plutôt que comme
une critique structurelle, alors participer aux élections peut sembler
non seulement compatible avec l'anarchisme, mais aussi une obligation.
Voter devient alors un acte responsable, le moyen de minimiser les
préjudices, l'expression concrète de ses convictions éthiques.
Dans ce contexte, refuser de voter apparaît comme une trahison, non
seulement envers la société, mais aussi envers l'anarchisme lui-même.
C'est un renversement de la position historique. On prend une tradition
qui a constamment remis en question la légitimité de l'État et on la
réinterprète comme un complément moral à celui-ci. L'anarchisme passe
d'un défi à une conscience, d'une menace à un correctif. Une fois ce
changement opéré, l'abstention devient beaucoup plus difficile à
défendre. Elle n'est plus perçue comme un refus de principe fondé sur
une critique du pouvoir, mais comme un abandon de responsabilité au sein
d'un système considéré comme fondamentalement légitime. Cela explique en
partie pourquoi l'argument selon lequel l'abstention sert la droite a
autant de poids ici. Si l'on accepte le postulat que les élections sont
le principal moyen d'atteindre le bien commun, et si l'anarchisme a été
redéfini comme un ensemble de valeurs progressistes au sein de ce
système, alors ne pas voter ne peut apparaître que comme néfaste.
Cependant, cet argument repose sur une vision à très court terme. Il se
concentre sur le résultat immédiat d'une élection particulière, en
faisant abstraction des dynamiques à long terme du système lui-même.
Elle part du principe que le mieux que nous puissions faire est de
choisir le moindre mal, encore et encore, sans nous demander quel impact
ce cycle a sur notre capacité à imaginer et à construire quelque chose
de mieux.
D'un point de vue anarchiste, c'est précisément là le piège. Le moindre
mal ne se contente pas d'accepter les limites du système, il les
enracine. Il nous conditionne à revoir nos exigences à la baisse, à nous
contenter d'améliorations marginales, à percevoir la politique comme une
succession de choix contraints plutôt que comme un champ des possibles
infini. Avec le temps, ce schéma peut devenir une prophétie
autoréalisatrice. Si toute notre énergie est absorbée par les cycles
électoraux, il en reste moins pour construire d'autres formes de
pouvoir. Et sans ces alternatives, les élections deviennent
véritablement la seule option. L'abstention est un refus de ce cycle.
Non pas parce que les anarchistes sont indifférents au mal, loin de là,
mais parce qu'ils cherchent à modifier le terrain sur lequel ce mal est
abordé. Au lieu de se demander comment gérer l'exploitation de manière
plus humaine, la question devient comment démanteler les structures qui
la produisent. C'est là que cette position prend tout son sens, même si
elle reste controversée pour certains. Il ne s'agit pas de pureté, mais
de stratégie. Il s'agit de savoir où investir l'énergie, quel type de
pouvoir développer et comment dépasser un système qui, par sa conception
même, limite le champ des possibles.
Ainsi, lorsque les anarchistes prônent l'abstention, ils s'attaquent à
une idée reçue profondément ancrée. Ils affirment que ce que la plupart
des gens tiennent pour acquis, l'idée que le vote est le principal moyen
d'opérer un changement, est non seulement insuffisant, mais fait partie
intégrante du problème. Même pour certains anarchistes, cette position
est controversée, mais la controverse n'est pas synonyme d'erreur. Elle
révèle parfois qu'une position touche à une réalité tangible, qu'elle
ébranle les modes de pensée établis. Le défi consiste à dépasser les
arguments superficiels, les accusations d'irresponsabilité, les appels
défensifs au pragmatisme, et à s'attaquer aux questions de fond.
À quoi sert l'État? Que peuvent réellement apporter les élections? Et
que signifierait construire le pouvoir autrement que par l'un ou
l'autre? Ce sont des questions complexes, sans réponses toutes faites.
Pourtant, ce sont celles que les anarchistes se posent sans relâche
depuis plus d'un siècle. C'est dans cette tension entre l'anarchisme
comme force de subversion et l'anarchisme comme esthétique récupérée que
réside la controverse.
https://awsm.nz/against-the-ritual-why-anarchists-in-aotearoa-refuse-the-ballot-box/
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