A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ _The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours | of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2014 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018 | of 2019 | of 2020 | of 2021 | of 2022 | of 2023 | of 2024 | of 2025 | of 2026

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) Alternative Libertaire #371 (UCL) - Loi Yadan: Un retrait tactique, maintenons la pression

Date Wed, 6 May 2026 21:05:47 +0100


Le 16 avril, le gouvernement a annoncé retirer la proposition de loi Yadan, mais également reproposer une loi identique d'ici quelques mois. Recul tactique, cet ajournement de la loi montre que la lutte et la pression populaire payent contre les tentatives de bâillonner la critique du sionisme. Mais ne crions pas victoire trop vite, et ne baissons pas les bras! Le gouvernement reste déterminé à réprimer la solidarité avec la Palestine, et surtout, la France continue à soutenir l'État sioniste dans son expansion coloniale en Cisjordanie, à Gaza, en Syrie et au Liban. ---- La proposition de loi «contre les formes renouvelées de l'antisémitisme» ne sera donc pas votée par l'Assemblée. Portée par Caroline Yadan, députée des Françaises et Français de l'étranger et apologiste caricaturale de l'État israélien, la loi était à l'image de sa promotrice. Celle qui n'hésite pas à comparer les Palestiniens et Palestiniennes à des moustiques [1] prévoyait d'interdire de présenter des actes reconnus comme «terroristes» par l'État comme une forme de résistance, de considérer les comparaisons entre la Shoah et d'autres génocides comme étant une forme de relativisation, et d'interdire l'appel à «la destruction ou la négation» d'un État reconnu par la République française. Certaines de ces dispositions avaient déjà été adoucies pour suivre les recommandations du Conseil d'État, mais la loi restait une attaque majeure.

FORCES ET LIMITES D'UNE MOBILISATION MASSIVE

La loi Yadan a été proposée alors que le caractère raciste et colonial de l'État sioniste devient de plus en plus difficile à nier. Elle a été annoncée lors qu'Israël engageait une guerre d'agression contre l'Iran, puis contre le Liban, et tandis que le génocide se poursuit à Gaza et que les exactions des colons et de l'armée en Cisjordanie redoublent d'intensité. Le 30 mars, la Knesset votait la peine de mort pour les seules Palestiniennes et Palestiniens, dans la continuité du système de torture mis en place par l'État israélien, dans ses prisons et en dehors [2].

Une opposition importante s'est rapidement organisée. Une pétition lancée sur le site de l'Assemblée nationale pour réclamer un débat parlementaire sur le retrait de la loi Yadan a rapidement atteint 700000 signatures... ce qui n'a pas empêché les parlementaires de refuser d'en tenir compte. Théoriquement, les pétitions lancées sur le site de l'Assemblée nationale peuvent donner lieu à un débat parlementaire lorsqu'elles atteignent 500000 signatures, mais en réalité, rien n'oblige l'Assemblée nationale à les inscrire à l'ordre du jour. Ce mécanisme se révèle pour ce qu'il est: une mascarade, qui permet de maintenir l'illusion d'une «participation citoyenne» à peu de frais.

Pour autant, ce report montre aussi autre chose: que la pression populaire, même exprimée à travers un mécanisme institutionnel conçu pour la brider, fonctionne. La mobilisation massive a permis de mettre chaque groupe politique face à ses responsabilités: l'abject Parti socialiste, dont deux députés ont pourtant signé la proposition de loi, annonce finalement qu'il s'y opposera. Le gouvernement lui-même, prétextant l'obstruction parlementaire opérée par La France insoumise, finit par retirer le projet.

UNE VICTOIRE EN DEMI-TEINTE

Alors, avons-nous gagné? Les député·es de La France insoumise se sont empressé·es de crier victoire au lendemain du retrait du projet de loi. En partie à juste titre, puisque nous gagnons du temps. Mais il ne faudrait surtout pas baisser la garde. La répression n'a pas eu besoin de la loi Yadan pour s'abattre sur les soutiens du peuple palestinien.

La perquisition de Rima Hassan en est un témoignage éclatant. Le jeudi 2 avril, la députée européenne est placée en garde à vue pour «apologie du terrorisme», délit liberticide largement utilisé pour réprimer la solidarité avec le peuple palestinien. Durant la garde à vue, des fuites sont organisées dans la presse, et de nombreux articles font état de la présence supposée de drogue de synthèse dans son sac - information démentie quelques jours plus tard. Le 16 avril dernier, Mediapart révélait même que la députée européenne aurait été pistée par la police: ses fichiers personnels ont été observés et tous ses déplacements depuis janvier tracés, bafouant tant son intimité que son activité parlementaire [3].

Ce cas n'est pas isolé: les nombreuses gardes à vue pour «apologie du terrorisme» depuis deux ans et demi montrent la détermination de l'État à réprimer la solidarité avec la Palestine et le mouvement antiraciste. Les mesures policières disproportionnées par rapport à leur objectif annoncé et visant à intimider n'ont pas manqué: citons par exemple la perquisition de l'Union juive pour la paix et le gel des avoirs d'Omar Alsoumi.

La loi Yadan aurait donné un motif légal pour accélérer et systématiser la répression, sur le modèle de l'Italie ou de l'Allemagne, qui se sont déjà dotées de lois criminalisant l'antisionisme [4]. Le gouvernement veut que la France leur emboîte le pas, et propose déjà à toutes les forces parlementaires de préparer ensemble la rédaction d'une nouvelle loi visant les mêmes objectifs. Loin de faire reculer l'antisémitisme, cet arsenal judiciaire et policier vise en réalité à s'en prendre au mouvement social et aux oppositions politiques. Il s'inscrit dans la continuité de la politique répressive menée par le gouvernement: expulsions d'imams, dissolution d'associations musulmanes et d'organisations de gauche... L'utilisation de la «lutte contre l'antisémitisme» pour justifier cet agenda politique ne fait que mettre en danger les Juifs et les Juives, en les associant à une politique raciste et à la complicité de la France avec le sionisme.

UN FACTEUR AGGRAVANT DE LA FASCISATION

Le soutien à Israël se montre une nouvelle fois être un accélérateur immense de la fascisation de la France. Comme l'avait déjà montré Césaire en 1950 dans son Discours sur le colonialisme, le colonialisme que l'Europe commet ou soutient ne peut que produire son «ensauvagement». Le soutien à la politique génocidaire d'Israël a permis une libération immense de la parole raciste, et donné un prétexte tout trouvé à la répression des oppositions politiques, tandis qu'Israël continue de vendre ses technologies de répression et de surveillance en arguant de ce qu'elles ont prouvé leur efficacité contre les Palestiniennes et Palestiniens [5].

Pour autant, la hargne répressive du gouvernement montre aussi qu'il a peur de la solidarité avec la Palestine. Son recul sur la loi Yadan s'inscrit dans une série de victoires partielles, mais bien réelles à l'échelle européenne. Le 31 mars, Israël annonçait la suspension de ses achats d'armes à la France, préférant se tourner vers des alliés plus fiables. La décision était notamment motivée par les annulations de stands israéliens dans des salons d'armement, obtenus grâce à la mobilisation populaire. Le 14 avril, c'est le gouvernement d'extrême droite italien qui annonçait la suspension de son accord de défense avec Israël, après les mouvements sociaux de masse contre le génocide. Ces décisions sont insuffisantes, et il faudra en surveiller l'application réelle; mais elles montrent que la mobilisation peut payer, et que même des soutiens fanatiques d'Israël peuvent être contraints à réduire leur complicité avec le génocide. À nous d'amplifier le combat, jusqu'à la libération de la Palestine et de toute la région de la domination sioniste. La répression ne nous fera pas taire!

Danielle (UCL Lyon)

Notes:
[1] Sur X, tweets du 21 février, du 14 juillet, du 27 aout 2024.
[2] « Génocide en Palestine: Israël a développé un système concentrationnaire », Alternative libertaire no 351, juillet-aout 2024.
[3] David Perrotin, « Garde à vue de Rima Hassan: comment les policiers ont pisté l'eurodéputée », Mediapart, 16 avril 2026.
[4] Leandros Fischer, « "L'antifascisme des imbéciles": sur la fonction de l'actuelle "chasse aux sorcières antisémites" en Allemagne », Contre l'antisémitisme et ses instrumentalisations, La Fabrique, 2024, p. 87-116.
[5] Sarah Bénichou, Simon Mauvieux, Mathieu Rigouste, « Elnet, au service du buisness israélien de la guerre », Orient XXI, 9 mars 2026.

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Loi-Yadan-Un-retrait-tactique-maintenons-la-pression
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center