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(fr) Alternative Libertaire #371 (UCL) - Loi Yadan: Un retrait tactique, maintenons la pression
Date
Wed, 6 May 2026 21:05:47 +0100
Le 16 avril, le gouvernement a annoncé retirer la proposition de loi
Yadan, mais également reproposer une loi identique d'ici quelques mois.
Recul tactique, cet ajournement de la loi montre que la lutte et la
pression populaire payent contre les tentatives de bâillonner la
critique du sionisme. Mais ne crions pas victoire trop vite, et ne
baissons pas les bras! Le gouvernement reste déterminé à réprimer la
solidarité avec la Palestine, et surtout, la France continue à soutenir
l'État sioniste dans son expansion coloniale en Cisjordanie, à Gaza, en
Syrie et au Liban. ---- La proposition de loi «contre les formes
renouvelées de l'antisémitisme» ne sera donc pas votée par l'Assemblée.
Portée par Caroline Yadan, députée des Françaises et Français de
l'étranger et apologiste caricaturale de l'État israélien, la loi était
à l'image de sa promotrice. Celle qui n'hésite pas à comparer les
Palestiniens et Palestiniennes à des moustiques [1] prévoyait
d'interdire de présenter des actes reconnus comme «terroristes» par
l'État comme une forme de résistance, de considérer les comparaisons
entre la Shoah et d'autres génocides comme étant une forme de
relativisation, et d'interdire l'appel à «la destruction ou la négation»
d'un État reconnu par la République française. Certaines de ces
dispositions avaient déjà été adoucies pour suivre les recommandations
du Conseil d'État, mais la loi restait une attaque majeure.
FORCES ET LIMITES D'UNE MOBILISATION MASSIVE
La loi Yadan a été proposée alors que le caractère raciste et colonial
de l'État sioniste devient de plus en plus difficile à nier. Elle a été
annoncée lors qu'Israël engageait une guerre d'agression contre l'Iran,
puis contre le Liban, et tandis que le génocide se poursuit à Gaza et
que les exactions des colons et de l'armée en Cisjordanie redoublent
d'intensité. Le 30 mars, la Knesset votait la peine de mort pour les
seules Palestiniennes et Palestiniens, dans la continuité du système de
torture mis en place par l'État israélien, dans ses prisons et en dehors
[2].
Une opposition importante s'est rapidement organisée. Une pétition
lancée sur le site de l'Assemblée nationale pour réclamer un débat
parlementaire sur le retrait de la loi Yadan a rapidement atteint 700000
signatures... ce qui n'a pas empêché les parlementaires de refuser d'en
tenir compte. Théoriquement, les pétitions lancées sur le site de
l'Assemblée nationale peuvent donner lieu à un débat parlementaire
lorsqu'elles atteignent 500000 signatures, mais en réalité, rien
n'oblige l'Assemblée nationale à les inscrire à l'ordre du jour. Ce
mécanisme se révèle pour ce qu'il est: une mascarade, qui permet de
maintenir l'illusion d'une «participation citoyenne» à peu de frais.
Pour autant, ce report montre aussi autre chose: que la pression
populaire, même exprimée à travers un mécanisme institutionnel conçu
pour la brider, fonctionne. La mobilisation massive a permis de mettre
chaque groupe politique face à ses responsabilités: l'abject Parti
socialiste, dont deux députés ont pourtant signé la proposition de loi,
annonce finalement qu'il s'y opposera. Le gouvernement lui-même,
prétextant l'obstruction parlementaire opérée par La France insoumise,
finit par retirer le projet.
UNE VICTOIRE EN DEMI-TEINTE
Alors, avons-nous gagné? Les député·es de La France insoumise se sont
empressé·es de crier victoire au lendemain du retrait du projet de loi.
En partie à juste titre, puisque nous gagnons du temps. Mais il ne
faudrait surtout pas baisser la garde. La répression n'a pas eu besoin
de la loi Yadan pour s'abattre sur les soutiens du peuple palestinien.
La perquisition de Rima Hassan en est un témoignage éclatant. Le jeudi 2
avril, la députée européenne est placée en garde à vue pour «apologie du
terrorisme», délit liberticide largement utilisé pour réprimer la
solidarité avec le peuple palestinien. Durant la garde à vue, des fuites
sont organisées dans la presse, et de nombreux articles font état de la
présence supposée de drogue de synthèse dans son sac - information
démentie quelques jours plus tard. Le 16 avril dernier, Mediapart
révélait même que la députée européenne aurait été pistée par la police:
ses fichiers personnels ont été observés et tous ses déplacements depuis
janvier tracés, bafouant tant son intimité que son activité
parlementaire [3].
Ce cas n'est pas isolé: les nombreuses gardes à vue pour «apologie du
terrorisme» depuis deux ans et demi montrent la détermination de l'État
à réprimer la solidarité avec la Palestine et le mouvement antiraciste.
Les mesures policières disproportionnées par rapport à leur objectif
annoncé et visant à intimider n'ont pas manqué: citons par exemple la
perquisition de l'Union juive pour la paix et le gel des avoirs d'Omar
Alsoumi.
La loi Yadan aurait donné un motif légal pour accélérer et systématiser
la répression, sur le modèle de l'Italie ou de l'Allemagne, qui se sont
déjà dotées de lois criminalisant l'antisionisme [4]. Le gouvernement
veut que la France leur emboîte le pas, et propose déjà à toutes les
forces parlementaires de préparer ensemble la rédaction d'une nouvelle
loi visant les mêmes objectifs. Loin de faire reculer l'antisémitisme,
cet arsenal judiciaire et policier vise en réalité à s'en prendre au
mouvement social et aux oppositions politiques. Il s'inscrit dans la
continuité de la politique répressive menée par le gouvernement:
expulsions d'imams, dissolution d'associations musulmanes et
d'organisations de gauche... L'utilisation de la «lutte contre
l'antisémitisme» pour justifier cet agenda politique ne fait que mettre
en danger les Juifs et les Juives, en les associant à une politique
raciste et à la complicité de la France avec le sionisme.
UN FACTEUR AGGRAVANT DE LA FASCISATION
Le soutien à Israël se montre une nouvelle fois être un accélérateur
immense de la fascisation de la France. Comme l'avait déjà montré
Césaire en 1950 dans son Discours sur le colonialisme, le colonialisme
que l'Europe commet ou soutient ne peut que produire son
«ensauvagement». Le soutien à la politique génocidaire d'Israël a permis
une libération immense de la parole raciste, et donné un prétexte tout
trouvé à la répression des oppositions politiques, tandis qu'Israël
continue de vendre ses technologies de répression et de surveillance en
arguant de ce qu'elles ont prouvé leur efficacité contre les
Palestiniennes et Palestiniens [5].
Pour autant, la hargne répressive du gouvernement montre aussi qu'il a
peur de la solidarité avec la Palestine. Son recul sur la loi Yadan
s'inscrit dans une série de victoires partielles, mais bien réelles à
l'échelle européenne. Le 31 mars, Israël annonçait la suspension de ses
achats d'armes à la France, préférant se tourner vers des alliés plus
fiables. La décision était notamment motivée par les annulations de
stands israéliens dans des salons d'armement, obtenus grâce à la
mobilisation populaire. Le 14 avril, c'est le gouvernement d'extrême
droite italien qui annonçait la suspension de son accord de défense avec
Israël, après les mouvements sociaux de masse contre le génocide. Ces
décisions sont insuffisantes, et il faudra en surveiller l'application
réelle; mais elles montrent que la mobilisation peut payer, et que même
des soutiens fanatiques d'Israël peuvent être contraints à réduire leur
complicité avec le génocide. À nous d'amplifier le combat, jusqu'à la
libération de la Palestine et de toute la région de la domination
sioniste. La répression ne nous fera pas taire!
Danielle (UCL Lyon)
Notes:
[1] Sur X, tweets du 21 février, du 14 juillet, du 27 aout 2024.
[2] « Génocide en Palestine: Israël a développé un système
concentrationnaire », Alternative libertaire no 351, juillet-aout 2024.
[3] David Perrotin, « Garde à vue de Rima Hassan: comment les policiers
ont pisté l'eurodéputée », Mediapart, 16 avril 2026.
[4] Leandros Fischer, « "L'antifascisme des imbéciles": sur la fonction
de l'actuelle "chasse aux sorcières antisémites" en Allemagne », Contre
l'antisémitisme et ses instrumentalisations, La Fabrique, 2024, p. 87-116.
[5] Sarah Bénichou, Simon Mauvieux, Mathieu Rigouste, « Elnet, au
service du buisness israélien de la guerre », Orient XXI, 9 mars 2026.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Loi-Yadan-Un-retrait-tactique-maintenons-la-pression
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