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(fr) Communistes Libertaire CGT - Indépendance syndicale: Politique et Finances

Date Mon, 9 Mar 2026 18:24:50 +0000


Nous vous invitons à lire un article plutôt pertinent du site Syndicalistes! à propos de l'indépendance syndicale. L'effondrement probable des subventions et autres soutiens matériels venant des collectivités et de l'Etat en cas de victoire de l'extrême droite oblige à reposer la question des cotisations. ---- Ajoutons puisque l'article évite pudiquement le sujet que le financement de certaines fédérations du privé repose également sur les publicités patronales dans les revues syndicales. Et là encore, pas bon pour l'indépendance! ---- ++++ ---- Face à la menace de l'extrême droite, des finances syndicales bien fragiles ---- Publié le dimanche 8 mars 2026 par Baptiste, Michel ---- Alors que la menace fasciste se fait toujours plus pressante, les ressources des syndicats de luttes proviennent toujours majoritairement de l'extérieur: dialogue social, subventions... autrement dit, de fonds qu'un pouvoir politique hostile pourrait fermer d'un claquement de doigts. Nos organisations se trouvent donc dans une situation de grande vulnérabilité financière, et pourtant cela n'a pas l'air d'y préoccuper grand-monde, alors même que nous faisons de la lutte contre l'extrême droite un axe central de notre action.
Le cas de la CGT métallurgie

Prenons un premier exemple, avec une fédération CGT, celle de la métallurgie. C'est un exemple qui n'est pas «extrême»: c'est une fédération qui fonctionne mieux que d'autres, qui n'est pas paralysée par des dysfonctionnements internes, etc. Ses effectifs se maintiennent autour de 50 000 adhérent·es depuis 2020 (avec une légère hausse, notamment grâce à la dynamique de la lutte contre la réforme des retraites de 2023 qui a engendré suffisamment d'adhésions pour compenser les départs) [1]. Mais cette relative bonne santé, qui n'est maheureusement pas générale dans la CGT, est à nuancer avec deux constats: l'absence d'indépendance financière et la faiblesse du taux moyen de la cotisation payée par les adhérent·es.

Cette fragilité financière se mesure par la part du budget financé par les cotisations syndicales: cette part est passée de 26 % en 2020 à 25 % en 2022, puis à 23 % en 2023.

La direction de la fédération est lucide sur le sujet:

L'évolution des cotisations est globalement stable ces dernières années. Cependant, elles représentent désormais moins de 25 % de nos ressources totales, un seuil critique qui fragilise notre autonomie financière et affaiblit notre capacité d'action indépendante. Ce déséquilibre met clairement en péril l'indépendance politique de notre Fédération, en la rendant plus exposée aux financements extérieurs et donc potentiellement à des formes de dépendance.

On doit saluer la franchise du constat. Mais pourquoi le seuil «critique» est-il fixé à 25 %? Ce ne serait toujours qu'une petite proportion du budget, avec un financement venant pour les trois quarts de sources extérieures... Les cotisations ne sont alors que de l'argent de poche, ou un supplément d'âme, mais le gros du fonctionnement fédéral serait encore assuré par des financements externes: cet objectif de 25 % n'assurerait ni l'«autonomie financière» ni l'«indépendance politique».

Ce faible taux d'indépendance financière (qui est dans la moyenne des organisations syndicales en France) est inquiétant, mais il est tout aussi inquiétant de voir que la fédération pense que le problème pourrait être réglé par un simple petit effort de quelques pourcents.

Deux facteurs d'explication

Ce constat ne vaut pas que pour la fédération de la métallurgie. La confédération CGT fait ce même constat à chacun de ses congrès, et ce sera encore le cas lors de son prochain congrès en juin. Et il vaut plus largement pour tout le syndicalisme, qu'il soit de lutte ou d'accompagnement social.

La baisse des adhésions

Le premier facteur, dans cette fédération comme ailleurs, c'est la baisse globale du nombre d'adhérent·es depuis 2012. Au niveau confédéral, même constat: une période de hausse jusqu'en 2012 (avec un pic à presque 700 000), qui a provoqué beaucoup de discours d'auto-satisfaction et qui a ainsi masqué des faiblesses profondes, conduisant ensuite à une baisse continuelle jusqu'à la stabilisation depuis 2023 - dont rien ne permet de dire si elle sera durable ou non.

Le poids des financements extérieurs, dans l'autre sens, n'incite pas à développer les adhésions, particulièrement dans certaines fédérations CGT: puisque l'équilibre financier semble assuré, pourquoi se démener pour trouver davantage d'adhérent·es [2], d'autant qu'il faudra ensuite s'occuper, qu'iels provoqueront davantage de débats en congrès, etc.? Alors que dans une organisation dont la survie dépendrait de ses adhérent·es, l'accueil de celles-ci et ceux-ci serait une priorité, de même que péréniser leur adhésion, etc.

Le taux de cotisation

En plus du nombre d'adhérent·es qui cotisent chaque mois à la CGT, le second élément à prendre en compte est le montant de cette cotisation. Statutairement, cette somme est de 1 % du salaire net mensuel... mais cette règle est loin d'être respectée. Dans la métallurgie, secteur qui regroupe un salariat stable loin d'être le plus mal payé (notamment grâce à une prime d'ancienneté proportionnelle au nombre d'années dans l'entreprise), la cotisation moyenne est de 12,39 euros... soit un montant inférieur à 1 % du SMIC (13,68 €). Pour les ingénieurs cadres et technicien·nes, elle s'élevait en 2023 à 17,7 € par mois, et à 11,74 euros pour les ouvriers et employés, soit bien en-dessous des réalités de la branche dans les deux cas.

Cette situation est généralisée à la CGT: la cotisation moyenne est de 13,35 € en 2024, alors que le SMIC était environ à 1400 €, et le salaire médian à 2100 €. Combien d'adhérent·es au salaire inférieur au SMIC la CGT compte-t-elle réellement? La réalité est que les syndicats ne respectent pas le 1 %, et que cela prive la CGT de ressources importantes.

Il n'est certes pas toujours facile de convaincre les adhérent·es de payer plus... mais le meilleur moyen d'y arriver est encore de concentrer nos dépenses sur des choses qui leurs sont directement utiles, qui améliore directement leurs conditions de vie, de la défense juridique individuelle à l'appui aux luttes collectives.
Même la CFDT s'y met

À la CFDT, le problème est le même, et il est identifié en des termes clairs [3].

 Nous avons également, à l'issue de l'état des lieux, fait le diagnostic de nos fragilités et cherché à les limiter:

* poids des financements extérieurs soumis à la volonté politique, dans une période de montée des forces conservatrices hostiles aux contre-pouvoirs notamment syndicaux et plus généralement au dialogue social indépendant;
* charge des locaux, dans une diminution des moyens mis à disposition, déjà à l'oeuvre sur certains territoires, entre volonté politique et tension des finances publiques;
* maîtrise des règles budgétaires et de la politique financière à renforcer dans toutes les structures CFDT;
* des doublons: certaines actions sont réalisées plusieurs fois dans la CFDT. Il nous faut mutualiser, notamment le financement, pour le verser au niveau qui sera le plus à même de mettre en oeuvre les actions (principe de subsidiarité), et arrêter de refaire ailleurs;

Pour répondre à ces constats, la confédération CFDT propose au prochain congrès qui se tiendra également en juin 2026 le passage d'une cotisation de 0,75 % du salaire à 0,95 %, voire 1 %, ce qui augmenterait de plusieurs millions d'euros les ressources propres de la CFDT. Ce changement, s'il est voté par le congrès, pourra être mis en place facilement grâce au système centralisé de collecte des cotisations (le service central de perception et de ventilation des cotisations).

Qu'en est-il pour le prochain congrès de la CGT? Le rapport d'activité relève bien que «Le poids des cotisations dans le financement de notre organisation syndicale assure son indépendance. Les batailles pour le renforcement et pour le niveau des cotisations sont donc un enjeu politique de premier ordre», mais se contente d'évaluer à un rassurant 65 % le poids des cotisations dans les ressources de la CGT au niveau global, sans calcul... et sans tenir compte 1/ du fait que des piliers vitaux de la CGT (dont certaines des principales fédérations) reposent d'abord sur des financements extérieurs - la CGT pourrait-elle survivre avec plusieurs fédérations privées des 3/4 de leur financement?; 2/ ce chiffre ne tient pas compte des moyens humains et matériels fournis par l'État ou les collectivités, que ce soit dans le public avec les décharges syndicales ou avec les locaux attribués par les municipalités.

Dans le document d'orientation, il est écrit que «La CGT est indépendante mais pas neutre» - mais cette indépendance est posée comme un donné ou un postulat, pas comme un objectif politique à atteindre. La partie suivante appelle à «Sécuriser l'organisation contre l'extrême droite», mais ne dit rien de la clé de voute de toute sécurisation réelle: la sécurisation financière... Il faut donc espérer que certaines structures se saisissent du problème et que cela déclenche une prise de conscience dans nos syndicats sur le sujet.
Il faut agir sans tarder

Cela fait des décennies que cette question du non respect du «1 % statutaire» à la CGT est identifiée au niveau des UL, UD, fédérations, Confédération, à chaque congrès. Et cela fait des décennies que la situation n'a quasiment pas évolué. Cela s'explique en partie du fait que beaucoup de syndicats de base n'ont pas vraiment besoin de davantage de moyens financiers, et pratiquent donc des ristournes volontaires ou non sur les cotisations... au détriment de toutes les structures de la CGT qui sont, financées par la ventilation de ces cotisations et auraient, elles, bien besoin de cet argent supplémentaire.

Et au-delà des syndicats, à la CGT comme à Solidaires, ce sont les structures à tous les niveaux (UD, fédérations, Confédération ou Union...) qui dépendent majoritairement de ressources extérieures (y compris dans le public, où il y a moins d'argent mais des droits en temps syndical) pour leur fonctionnement quotidien. Tant que ça tient... on préfère détourner le regard. Et au-delà de la ritournelle de «il faut atteindre le 1 % statutaire» (pour la CGT, car la question est quasiment complètement absente à Solidaires), rien de sérieux n'est mis en place pour prendre le problème à bras-le-corps.

Le sujet se pose de manière identique sur les locaux syndicaux, donc beaucoup sont menacés. On pourra sur ce thème appliquer au syndicalisme les réflexions d'un fond associatif créé au Pays basque pour péréniser les locaux de lutte:

<< Posséder nos outils de lutte (et s'assurer que leur usage ne soit jamais détourné) est un objectif capital pour assurer la pérennité de nos mouvements. Ceci est d'autant plus vrai dans un contexte général marqué par une diminution des soutiens au secteur associatif et le risque de l'arrivée du Rassemblement national au pouvoir, dont on imagine bien qu'il cherchera à entraver autant qu'il le pourra notre capacité à nous organiser, à résister et à peser. Ne pas dépendre de locaux qui pourraient nous être confisqués, disposer de lieux et de moyens pour former une nouvelle génération de militants, pour fabriquer du matériel, pour nous réunir: autant d'acquis qui permettent de tenir plus solidement les digues face aux vagues réactionnaires. Objectif capital, donc, mais laborieux dans un contexte de diminution déjà palpable des subventions publiques et privées. [4] >>

Il y a un certain paradoxe à dénoncer le danger de l'extrême-droite pour le syndicalisme, le durcissement du patronat privé comme public à l'égard de nos organisations, les cas de municipalités qui s'attaquent aux conditions très avantageuses des locaux syndicaux (Bourses du travail)... tout en faisant comme si nos ressources qui proviennent de l'extérieur étaient gravées dans le marbre et ne risquaient pas de disparaître brutalement dans les prochaines années. L'antifascisme syndical, c'est aussi se préparer au pire, un pire qui est déjà là dans des municipalités de plus en plus nombreuses. Et notre responsabilité, c'est de mettre en oeuvre des réactions fortes pour garantir la pérennité du fonctionnement de nos syndicats même en contexte autoritaire: limitation du gaspillage de dépenses en évitant les tâches faites en doublon, augmentation des cotisations et donc de l'autonomie financière...

Ces arguments, associés à d'autres, sont la matière de base sur laquelle peut s'engager, avec de réelles chances de succès, une campagne interne et permanente dans chaque organisation syndicale (à tous les niveaux), pour convaincre chaque personne syndiquée de verser réellement 1 % de son salaire net mensuel. Cette campagne, placée dans le cadre d'une conquête de l'indépendance financière et politique, devra se poursuivre vers la hausse du taux de cotisation. Mais chaque chose en son temps ...

Notes:
[1] Ces données sont issues du 43e congrès de la fédération qui s'est tenu à Strasbourg du 2 au 6 juin 2025, et portent donc sur les années 2020 à 2023.
[2] Voir les analyses de Karel Yon, «Les résistances syndicales au community organizing. Entre rejet de la professionnalisation et déni du travail militant reproductif», Sociétés contemporaines, 133(1), 2024, p. 125-156.
[3] «Mieux financer la CFDT. Guide des évolutions en débat du congrès 2026», en ligne.
[4] Malika Peyraut, «Un nouvel outil militant à Beskoitze», Enbata, février 2026, en ligne.

<https://www.syndicalistes.org/face-a-la-menace-de-l-extreme-droite-des-finances-syndicales-bien-fragiles>

https://www.communisteslibertairescgt.org/Independance-syndicale-Politique-et-Finances.html
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