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(fr) Alternative Libertaire #367 (UCL) - Monde de l'édition: Le capital à l'assaut du livre

Date Fri, 16 Jan 2026 16:43:22 +0000


Le champ de l'édition en France a connu de nombreux changements économiques et structurels qu'on résume souvent par le terme de concentration. En 1989, l'éditeur François Gèze parle d'un niveau de concentration du champ de l'édition française unique en Europe, voire dans le monde avec Hachette et le Groupe de la Cité (prémisse du futur groupe Editis) [7]. ---- Cette concentration, terme qui sera expliqué par la suite, s'accompagne d'un autre phénomène: la surproduction. Soixante-cinq mille nouveaux titres ont été publiés en 2024 contre moins de 40000 en 2000, soit une augmentation de plus de 70%. Dans le même temps, le chiffre d'affaire (CA) de l'édition augmentait de 30% [1]. En dehors de l'année 2021 post-confinement, le CA a peu varié ces dernières années. Chaque nouvelle parution se vendant de moins en moins -le tirage moyen d'un livre est passé de plus de 12000 exemplaires en 1985 à environ 4000 en 2023 [2], les groupes d'édition publient de plus en plus de titres pour maintenir leur rentabilité et leur visibilité dans les lieux de ventes.

Les estimations du nombre de personnes travaillant dans le ­livre sont très variables tant la diversité des emplois est grande et la pluriactivité possible: il y aurait entre 50000 et 80000personnes dont l'activité professionnelle principale est dans ce secteur, dont 20 à 30% de non-salarié·es.

Notions de concentration

On parle de concentration horizontale quand il y a absorption d'entreprises d'un même secteur. Cela peut se faire pour supprimer des concurrents, augmenter ses parts de marché, «faire des économies d'échelle», occuper plus de place en librairie, obtenir de meilleures conditions commerciales auprès des imprimeurs, etc. Ainsi, Hachette contrôle plus de 200maisons d'édition dans le monde, dont une quarantaine en France.

On parle de concentration verticale lorsque cela concerne le regroupement d'entreprises dans des secteurs complémentaires. Dans la chaîne du livre les groupes éditoriaux les plus importants contrôlent également des structures de diffusion-distribution, d'impression à la demande, des librairies, etc. Cela permet aux maisons ­d'édition d'accéder à des tarifs publicitaires préférentiels et à des articles de complaisance dans les médias du groupe, aux librairies de bénéficier de remises supplémentaires quand elles vendent des livres des maisons d'édition appartenant au même propriétaire, etc.

Si l'on parle surtout de Bolloré et de Kretínský, la dynamique de concentration est beaucoup plus large. En 2020, les quatre premiers groupes -Hachette, Editis, Madrigall, Média Participations- représentaient plus de 70% du chiffre d'affaires du secteur.

La plupart des groupes éditoriaux aspirent à avoir chaque année un ou plusieurs best-sellers et à gagner des prix littéraires. Le livre lauréat du Goncourt (qui génère le plus de ventes) est vendu en moyenne à 400000exemplaires... Les livres assurant aux maisons d'édition des ventes en continu, comme la saga Harry Potter, qui contribue largement aux bénéfices de Madrigall, sont également à prendre en compte.

La logistique (distribution) est l'endroit où la concentration et les investissements industriels sont les plus massifs. Hachette distribution, Interforum (Editis), MDS (Média Participations), Sodis et UD (Madrigall) gèrent et organisent les flux de plus de 80% des livres vendus en ­France. Chaque mouvement de livres (commandes et retours) génère un gain pour le distributeur. Dans notre société de l'immédiateté, l'enjeu est de livrer toujours plus vite. Il arrive à certains endroits et dans les périodes de l'année les plus chargées que les cartons ne soient même pas ouverts avant d'être retournés!

Les grandes surfaces culturelles, concurrencées par Amazon, sont elles aussi aux mains de milliardaires: la Fnac a pour actionnaire minoritaire Daniel Kretínský (Editis), Michel-Édouard Leclerc a créé Les Espaces culturels Leclerc, Cultura a pour actionnaire majoritaire Philippe Van Der Wees, proche de la famille Mulliez (Décathlon, Auchan...). Entre les réseaux comprenant plusieurs dizaines de librairies (Gibert Joseph, Nosoli...) et les librairies dites «indépendantes», mais qui appartiennent à de grands groupes éditoriaux (voir le tableau ci-dessous [3]), la part des ventes de livres en librairie pleinement indépendantes est très faible.

Petite histoire de l'édition

Jusqu'aux années 1940, le groupe Hachette, fondé en 1826, est en situation de quasi monopole dans la diffusion et la distribution du livre, contrôlant notamment les librairies dans toutes les gares de France. Concurrent historique d'Hachette, les Presses de la Cité [4], fondées en 1943, connaissent dans les anées 1950-1980 le même phénomène de concentration horizontale et verticale.

La dernière partie du XXe siècle voit à la fois les logiques financières et les stratégies boursières prendre le dessus sur les logiques industrielles, et en France, la confirmation du poids de groupes internationaux aussi bien présents dans la communication, les médias, l'édition, le multimédia que l'armement.

Les vingt dernières années ont permis d'observer un chassé-croisé étonnant: *2002-2004: rachat du numéro2 (Vivendi) par le numéro1 (Hachette). Cela a permis à ce dernier de conforter sa première place mais marque également la consolidation du futur Editis (ex-Vivendi) à la suite d'une intervention de la commission européenne pour «risque ­d'abus de position dominante». *2022-2023: rachat du numéro1 (Hachette) par le numéro2 (Vivendi-Editis passé entretemps sous le contrôle de Vincent Bolloré).

Les Spécificités des changements actuels

Bien que le phénomène de concentration ne soit pas nouveau en France, on peut se demander si la récente OPA du groupe Bolloré sur Hachette ne répond pas seulement à des motifs spéculatifs mais également à des motivations idéologiques.

Vincent Bolloré ne cache pas ses opinions catholiques et réactionnaires. Les principales caractéristiques des changements opérés après le rachat de différents médias (presse, radio, télé...) sont la mise en avant de chroniqueurs et chroniqueuses d'extrême droite ainsi que le départ de journalistes. Vincent Beaufils, journaliste et ancien directeur du magazine économique Challenges relate les propos suivants dans une enquête sur Bolloré: «Je me sers de mes médias pour mener mon combat civilisationnel.» [5] Pourtant, ce dernier peut affirmer en janvier 2022 devant des sénateurs et sénatrices que l'intérêt de Vivendi-Bolloré «n'est ni politique ni idéologique, mais purement économique» [6].

L'histoire de l'édition en ­France est largement parcourue de rapprochements idéologiques inquiétants, lesquels interrogent sur l'éventuelle spécificité de la démarche de Vincent Bolloré. Il suffit de revenir sur l'attitude d'une partie des maisons d'édition pendant la période de l'Occupation ou plus récemment sur le parcours politique de Rémy Montagne, fondateur du groupe Ampère, qui rejoindra Média participations. Avant d'être éditeur, il était homme politique. Il fait partie des députés qui, s'opposant à la proposition de loi pour l'interruption volontaire de grossesse présentée par Simone Veil en janvier 1975, avaient assimilé un État qui autoriserait l'avortement à un État totalitaire tel que le IIIeReich...

Si on s'accorde à dire que le phénomène de concentration dans l'économie du livre s'est accéléré et a muté à partir des années 1980, il semble que tous les éléments décriés étaient en place depuis longtemps: tendance monopolistique, forte présence des banques dans les organigrammes, accointance importante avec le pouvoir, motivations idéologiques, etc.

Une telle concentration éditoriale, et les derniers événements qui l'accompagnent -rachats de maisons d'édition, concentration financière, départs d'éditeurs et d'éditrices, livres programmés puis annulés, etc.- mettent à mal la bibliodiversité et la richesse de la production éditoriale. Nous devons défendre nos droits en tant que travailleurs et travailleuses des Métiers du livre mais aussi interroger un modèle économique dévastateur (surproduction, pilon...) et inégalitaire au sein de cette fameuse chaîne du livre.

Un membre de la branche Métiers du livre de SUD Culture Solidaires
Petite bibliographie

*Collectif, Déborder Bolloré, coédition collective, 2025, ­Deborderbollore.fr. *Jean-Yves Mollier, Brève histoire de la concentration dans le monde du livre, Libertalia, 2022 (nouvelle édition 2024).

Notes:
[1] « Séries longues de chiffres-clés du secteur du livre », Ministère de la culture, 2025.
[2] Philippe Chantepie et Louis Wiart, Économie du livre, LaDécouverte, Collection Repères, 2025.
[3] Données reprises du classement annuel « Le top 400 des librairies françaises en 2024 », publié par Livres hebdo (LH Le magazine, n° 55, juillet-aout 2025).
[4] Au fur et à mesure des rachats et reprises, les Presses de la Cité s'appelleront successivement Groupe de la cité, puis Compagnie générale des eaux, Vivendi et Editis.
[5] Vincent Beaufils, Bolloré, l'homme qui inquiète, L'Observatoire, 2022.
[6] Rapport de la Commission d'enquête « Concentration des médias en France », tome II, p. 277. Sénat, 2022.
[7] François Gèze, La double nature du livre: quatre décennies de mutations dans la « chaîne du livre », Les Belles Lettres, 2023.

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Monde-de-l-edition-Le-capital-a-l-assaut-du-livre
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