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(fr) Courant Alternative #356 (OCL) - Grèves spontanées à Arcelor Dunkerque sur fond d'une restructuration sans fin
Date
Thu, 15 Jan 2026 17:35:53 +0000
Depuis l'annonce en avril dernier par la direction du groupe Arcelor
d'un nouveau plan de licenciements, les grèves se multiplient sur le
site de Dunkerque. En arrière fond, s'entrelacent les intérêts bien
compris des industriels de différents secteurs et des décideurs locaux.
---- D'Usinor à Arcelor ---- A Dunkerque, Usinor est créé en 1962 et
s'impose d'emblée comme l'un des sites sidérurgiques les plus imposants
du territoire. Par son infrastructure d'abord, l'usine s'étend sur 25
km2, mais aussi par l'importance de ses effectifs, puisqu'elle emploiera
jusqu'à 11 400 salariés au milieu des années 70. A cette époque, les
travailleurs sont recrutés dans pas moins de 200 communes environnantes,
certains sont d'anciens mineurs reconvertis, d'autres encore des
sidérurgistes déplacés des régions de l'Est. Déjà, les restructurations
industrielles commencent à produire leurs effets. Ce gigantisme
n'implique pas pour autant que la main-d'oeuvre y soit concentrée comme
dans d'autres secteurs, tel l'automobile. Usinor est éclaté en plusieurs
sites distincts, éloignés les uns des autres. Aujourd'hui, après des
décennies de concentration de la production, il ne reste dans l'usine
que 3 500 emplois directs et un millier de sous-traitants.
Lobbying et argent public
Arcelor possède 40 sites de production en France où il emploie quelque
15 000 personnes. En mai 2025, la direction du groupe annonce la
suppression de 600 postes principalement à Dunkerque et Florange ainsi
que la fermeture de ses petites usines de Reims et Denain(1). Le prêche
patronal, invariablement le même, invoque: «la concurrence déloyale (2),
la demande trop faible et les couts de production trop élevés». Certes,
la demande d'acier a baissé en France de 20% ces cinq dernières années,
le secteur est confronté à une crise mondiale de surproduction (3), mais
au fil du temps, cette homélie a permis aux barons de l'acier, qu'ils
soient d'origine lorraine ou indienne de se gorger à milliards d'argent
public, usant tour à tour de leurs réseaux d'influence et du chantage à
l'emploi.
S'alarmant que «la sidérurgie en Europe est en crise» et que «tous les
sites sont à risque», le président d'Arcelor France réclame depuis la
protection de l'UE et la hausse des barrières douanières. En attendant,
le groupe gèle ses investissements dans la réduction des émissions de
CO2, en particulier sur les sites de Fos et Dunkerque. Décision à
première vue incompréhensible alors qu'il déplore dans le même temps que
le CO2 pénalise de 10 % le prix vente de son acier.
En réalité, une aubaine et une question de calendrier (4). L'Etat
annonce avec son plan France 2030 mobiliser 4,5 milliards d'euros pour
la décarbonation de l'industrie et s'apprête à verser 13,6 millions
d'aide dans le Bassin industrialo-portuaire de Dunkerque qui figure à la
seconde place des zones les plus émettrices de gaz à effet de serre.
Cette fois encore, il s'agira d'attendre et savoir se placer...
Décarbonation, électrification, mystification
Pour le sidérurgiste comme pour la CGT, la décarbonation passe d'abord
par l'électrification de la production. L'idée semble aller de soi, à
plus forte raison quand la centrale nucléaire de Gravelines se trouve
être implantée à quelques battements d'aile du complexe sidérurgique.
Arcelor n'aura de cesse de multiplier les annonces contradictoires sur
le sujet, usant d'une communication trompeuse. Espérant rassurer à la
fois les pouvoirs publics et les salariés, le groupe annonce
simultanément un plan de licenciement d'envergure et l'investissement
1,7 milliards d'euros dans la construction de fours électriques. A
l'arrivée, l'industriel réduit la voilure et change de cap,
l'électrification de la production n'est plus à l'ordre du jour. Sur le
site de Mardyck à quelques encablures de Dunkerque, ce ne sont plus que
500 millions qui seront investis, non dans des fours électriques comme
cela avait été annoncé, mais dans trois chaînes de fabrication «d'acier
électrique», obtenu avec partir de ferraille recyclée et destiné à la
production de moteurs de voitures.
Le nucléaire à l'heure de la montée des eaux
Arrêtons-nous un instant sur les implications du remplacement du charbon
par l'électricité dans le processus de fabrication de l'acier. Ainsi que
nous l'avons écrit, la centrale nucléaire de Gravelines est envisagée
comme l'acteur indispensable de cette reconversion. Elle est l'atout de
«la transition écologique» du bassin industriel dunkerquois, et fait
l'objet de toutes les attentions, à fortiori depuis l'installation
récente de nouvelles industries dévoreuses d'énergie telles les
gigafactories(5).
Entrée en activité en 1974, la centrale de Gravelines compte au nombre
de celles dont la durée de vie ne cesse d'être prorogée au-delà des
normes établies à la construction. Deux réacteurs EPR 2 viendraient
remplacer la structure vieillissante d'ici à 2040, mais le projet se
heurte à des contraintes de taille. Ainsi, la densité des réacteurs EPR
est deux fois supérieure à ceux de l'installation actuellement en
fonction. Les caractéristiques mécaniques du sol situé en bord de mer
sont jugées médiocres par l'ASNR, car trop meubles sur une forte
épaisseur(6). Par ailleurs, les risques de submersion et de liquéfaction
du sol sont désormais avérés sous l'effet du retrait du trait de côte et
de la hausse du niveau de la mer...
«Une grève spontanée»
C'est dans ce contexte, que début décembre, un mouvement de grève
spontané surprend à la fois la direction de l'entreprise et la CGT.
Selon cette dernière, l'usine ne tournait plus qu'à 30 % de sa capacité
et un haut fourneau était mis à l'arrêt. Précisons que ce mouvement
surgit dans le cadre très officiel des NAO qui sont alors suspendues. La
mobilisation aurait germé dans des secteurs de l'usine ordinairement peu
rompus à la lutte. Les revendications, elles, demeurent très classiques:
revalorisation des salaires, des primes, amélioration des conditions de
travail, d'hygiène, etc.
Il n'en faut pas plus au délégué de la CGT pour déclarer cet épisode
«historique, du jamais vu.»(7) Selon lui, on se trouverait «dans une
situation insurrectionnelle (...) vu comment est parti le mouvement, il
nous dépasse (...) certains services qui ne s'étaient jamais mis en
grève se mobilisent aujourd'hui, et ce ne sont pas des bastions de la
CGT.» Quant à la direction, elle prétexte «la gravité de la situation
économique» et «invite» les travailleurs à «reprendre le travail au plus
tôt.»
En la circonstance, il semblerait que la résistance aux restructurations
se soit amalgamée aux revendications plus immédiates. L'annonce d'un
nouveau plan de licenciement dans un contexte d'attaque contre les
salaires et de dégradation des conditions de travail peut avoir favorisé
l'initiative à la base. Mais dans le jeu de poker menteur auquel se
livrent à la fois patrons du groupe et syndicalistes, rien ne laisse
entrevoir la voie qu'emprunteront les grévistes dans les temps à venir,
sans doute l'ignorent-ils eux-mêmes: s'agit-il d'une flambée d'humeur ou
d'une aspiration plus large à déborder un certain cadre? (8)Dans ce
contexte, les déclarations volontiers enfiévrées de la CGT ressemblent à
une invite adressée à la direction au moment où l'assemblée nationale
vote une nouvelle fois la nationalisation du site.
Quoi qu'il en soit, cette lutte s'inscrit dans un nouveau cycle de
fermetures d'entreprises auquel le patronat s'emploie vigoureusement et
c'est dans ce cadre qu'il s'agit d'évaluer le rapport de force engagé.
Quand la nationalisation refait surface
La nationalisation d'Arcelor Mittal est une revendication portée à
Dunkerque par la CGT depuis plus d'un an et relayée dans un contexte
pré-électoral par les partis de la gauche parlementaire, LFI en tête.
Elle refait surface à chaque restructuration, mais cette fois, les
députés l'ont adoptée en première lecture le jeudi 27 novembre 2025.
Pour autant, il y a peu de chances que le texte passe l'épreuve du Sénat
où la droite et le centre sont majoritaires.
Au début des années 70, la nationalisation des secteurs clés figure au
«Programme commun de gouvernement» élaboré à l'époque par le PS et le
PCF. A la fin de la décennie, avec «la crise de la sidérurgie», elle
devient le cheval de bataille de la CGT d'Usinor qui tient pour slogan
«Une seule solution, la nationalisation.» Elle aura bien lieu, une fois
la gauche arrivée au pouvoir. A l'époque, le SLT (Syndicat de Lutte des
Travailleurs d'Usinor-Dunkerque)(9), créé à l'initiative de militants
sortis de la CGT et d'un certain nombre d'autres évincés de la CFDT
alors en plein recentrage, en posent les limites et affirment: «la
nationalisation ne donne pas forcément de perspective de lutte.»(10) A
l'heure actuelle, dans une période de recul, la nationalisation semble
offrir aux yeux de certains une garantie face à un avenir plus qu'incertain.
La nationalisation et ses enseignements
Revenons donc sur un épisode survenu au sein de l'entreprise tout juste
nationalisée. Le 4 juin 1982, une projection d'acier atteint cinq
travailleurs en poste sur machine de coulée continue de l'aciérie numéro
2. Deux d'entre eux meurent, l'un une heure après l'accident, l'autre
cinq jours plus tard. Immédiatement, un rapport de force s'engage qui
oppose le SLT à la direction d'Usinor. Le syndicat pointe l'entière
responsabilité de celle-ci dans la mort de ces deux ouvriers. La
hiérarchie de l'usine réagit en orchestrant un coup monté à l'encontre
d'un délégué qu'elle met à pied puis parvient à licencier en passant
outre la décision de l'inspecteur du travail (11). La gauche est alors
au pouvoir, c'est elle qui a nationalisé l'usine et comme à son
habitude, elle se rangera du côté de l'ordre et de la justice de classe.
Le 26 février 1983, Pierre Mauroy interpellé par les militants du SLT
lors d'un conseil municipal à la mairie de Lille salue «la lutte des
travailleurs d'Usinor.» A gauche, on parlait volontiers de «nouvelle
citoyenneté dans l'entreprise», c'était l'époque des lois Auroux... Mais
qu'à cela ne tienne, au même moment, le cabinet du premier ministre
tranche en faveur des patrons. Dans une lettre adressée au SLT, celui-ci
décide que: «Le gouvernement respecte l'autonomie de gestion des
entreprises nationalisées et n'a pas l'intention d'intervenir dans les
rapports sociaux à l'intérieur de ces entreprises.» Les rapports sociaux
d'exploitation, c'est justement ce à quoi la gauche ne s'attaquera
jamais, nationalisation ou pas!
En mai 1977, des militants du parti communiste d'Usinor organisaient un
référendum en faveur de la nationalisation à la sortie du site. L'un
d'entre-eux l'avait compris, méditant que: «Même si on arrive à se
débarrasser du patronat de la sidérurgie, les cadres et la maîtrise
seront toujours là...»
Boulogne-sur-Mer, le 18/12/2025
Notes
(1) Le plan social a été validé par l'Etat le 17 décembre. 608 postes
sont supprimés dont 84 à Dunkerque et 4 à Mardyck.
(2) «La concurrence déloyale», un truisme parfait.
(3) Selon l'OCDE, la surproduction d'acier devrait atteindre 721
millions de tonnes d'ici 2027. La Chine demeure le premier producteur
mondial avec 1882,6 millions de tonnes en 2024, contre 130 millions pour
l'UE et 11 millions pour la France.
(4) Le montant des aides publiques engrangées par Arcelor est
impressionnant et difficile à établir précisément: 392 millions d'euros
d'aides de l'État depuis 2013, selon une enquête; 192 millions d'euros
de crédits d'impôt; 100 millions d'aides pour alléger la facture
d'électricité; des prêts de l'Etat à taux préférentiels ainsi qu'une
aide de 4,5 millions d'euros de l'agence de l'environnement, 56 millions
d'euros par l'État et les collectivités locales pour moderniser ses
installations. Du côté de l'UE, l'aide versée depuis 2008 s'élève à 4,7
milliards d'euros. Enfin, de 2006 à 2021, par le truchement d'opérations
de business, Arcelor a engrangé 3,2 milliards d'euros par la revente de
surplus à polluer.
(5)Début décembre, a été inaugurée l'usine de batteries électriques
Vektor, troisième entreprise à voir le jour après celles de
Billy-Berclau et Lambres-lez-Douai.
(6) L'ASNR formule ses attentes concernant le système de renforcement du
sol nécessaire à l'implantation de réacteurs EPR2 sur le site de
Gravelines: https://www.asnr.fr/actualites/lasn...
(7) Ce n'est pas «du jamais vu», contrairement à ce qu'affirme ce
délégué. L'histoire ouvrière d'Usinor a été jalonnée durant les années
70 et 80 de grèves spontanées, sauvages, de la faim...
(8) On observe depuis quelque temps un retour des initiatives à la base
avec les grèves sauvages au Technicentre SNCF de Châtillon, ou le
mouvement national de grève des agents du «service commercial train».
(9) Brochure de la section syndicale CFDT dissoute par la fédération le
1° juin 1979: «Dans les luttes, la construction de la section CFDT
Usinor-Dunkerque: un combat que nous continuons». Juin 1979.
(10) A propos d'une soirée de débat public que nous avions organisée
avec des camarades du SLT à la bibliothèque municipale de
Boulogne-sur-mer: https://lamouetteenragee.noblogs.or...
(11)Brochure du SLT d'avril 1983: A Usinor Dunkerque -entreprise
nationalisée - un licenciement scandaleux et illégal.
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4614
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